OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 L’Ecoterrorisme débarque en Europe http://owni.fr/2012/06/26/lecoterrorisme-debarque-en-europe/ http://owni.fr/2012/06/26/lecoterrorisme-debarque-en-europe/#comments Tue, 26 Jun 2012 12:25:31 +0000 Florian Cornu http://owni.fr/?p=113975

Aujourd’hui, aux États-Unis, le simple fait de filmer, de photographier ou de faire un enregistrement dans une ferme ou une entreprise animale pour une utilisation politique peut constituer un délit relevant de l’écoterrorisme.

En 2001, Jeff Luers est condamné à 22 ans de prison  pour avoir brûlé  trois voitures de sport chez un concessionnaire automobile dans le but d’attirer l’attention sur la consommation excessive de pétrole. Il sera relâché au bout de 10 ans.

Mai 2008, Eric McDavid est condamné à 20 ans de prison pour complot visant à saboter les installations fédérales (antennes relais téléphoniques et autres) au nom de l’environnement.

Aucun mort dans ces actions. Les condamnations de ce type se comptent par dizaines. Michael Hough, directeur de la section justice criminelle et sécurité intérieure au FBI estime que les actions d’écoterrorisme ont entraîné plus de 200 millions de dollars de dégâts entre 2003 et 2008. Apparue au Royaume-Uni dans les années 70, la notion d’écoterrorisme est arrivée aux États-Unis dans les années 80. Elle est devenue, en l’espace de deux décennies, une expression utilitaire bâtarde, emblématique de l’Amérique sécuritaire post-11 septembre.

L’expression écoterrorisme était initialement utilisée pour désigner une minorité d’activistes environnementaux et de défense des animaux. Malgré leur caractère non violent revendiqué, ces derniers utilisaient des techniques de protestations potentiellement dangereuses pour la vie humaine: techniques de “tree spiking” pour empêcher les exploitants  de couper les arbres, incendies, bombes artisanales, etc.

Les États-Unis s’attaquent déjà aux activistes des droits des animaux en 1992 par le biais d’un Acte de protection des sociétés animales condamnant les militants à de lourdes amendes. Puis, c’est dans le contexte d’une Amérique meurtrie par les événements des tours jumelles et avec le vote du Patriot act, que l’expression écoterroriste va progressivement se généraliser jusqu’à concerner n’importe quel activiste environnemental causant des dégâts matériels.

En 2002, le FBI envoie un rapport au congrès américain intitulé “La menace de l’écoterrorisme” (The threat of ecoterrorism), stipulant qu’il s’agit de la plus grande menace terroriste aux États-Unis. Il définit l’écoterrorisme comme:

L’utilisation ou la menace d’utilisation de la violence de nature criminelle contre des personnes ou des biens par un groupe environnemental, infra-national pour des raisons politico-environnementales, ou destiné à un public au-delà de la cible visée, souvent de nature symbolique

Le glissement sémantique et symbolique élevant l’attaque contre des biens au rang du terrorisme est définitivement franchi en 2006, lorsque le Congrès américain vote sa première loi sur l’écoterrorisme. Il classifie dès lors certains actes de résistance passive tels que le blocus, la violation de frontières, l’atteinte à la propriété privée ou la libération d’animaux comme des actes “terroristes”, les mettant sur le même plan d’égalité que des attentats à la bombe, des agressions racistes ou encore des tueries à l’arme à feu.

Le Canada à la chasse aux écolos

Le Canada à la chasse aux écolos

Dans sa dernière loi d'orientation budgétaire, le gouvernement fédéral canadien de Stephen Harper modifie sensiblement la ...

La loi annonce également que plus les dégâts matériels sont élevés, plus la peine de prison sera lourde. Jusqu’à 5 ans pour moins de 10 000 dollars, jusqu’à 20 ans si les pertes dépassent un million de dollars. Loin de rester lettre morte, les condamnations pour écoterrorisme vont alors tomber en cascade.

Will Potter, journaliste américain indépendant auteur d’un ouvrage consacré à la question, Green is the new red (“Les verts sont les nouveaux rouges”, allusion à l’ex-menace communiste) montre qu’il y a depuis une trentaine d’années un retour progressif de la rhétorique et des enquêtes relatives au terrorisme. C’est ce qu’on appelle désormais communément la “peur verte“.

Si ce type de langage était initialement réservé à des crimes contre des biens ou du harcèlement essentiellement effectués par le Front de libération des animaux et le Front de libération de la planète, cette législation a étendu sa classification du terrorisme.

Loin de n’être qu’une lubie sécuritaire américaine, l’écoterrorisme est devenu un appareil législatif hautement répressif qui semble avoir été repris pour la première fois dans des textes européens en 2003. C’est cependant depuis 2008 qu’Europol, le bureau de police criminelle intergouvernemental consacre une place à l’activisme environnemental dans son rapport sur le terrorisme.

Le terrorisme sauce Europol

Le rapport souligne qu’aucune attaque terroriste ou arrestation liée aux droits des animaux n’a été rapportée par les États membres en 2011 mais qu’un grand nombre d’incidents ont été signalés par la France, l’Italie, les Pays Bas, le Royaume-Uni et l’Irlande.

Les poissons mutants de Sanofi

Les poissons mutants de Sanofi

Une étude scientifique révèle la pollution des rivières par l'industrie pharmaceutique. Démonstration dans le ...

Par ailleurs, une analyse des informations publiques mises à disposition par les États montre qu’un grand nombre d’incidents ne sont jamais signalés à l’Union Européenne.

L’office précise que les activités menées par les extrémistes des droits des animaux et de l’environnement utilisant la violence regroupent aussi bien “des actes de vandalisme de faible niveau (tags, détérioration de serrures, etc.) que des actes de destruction avec usage de matériel incendiaire et dispositifs explosifs improvisés”.

Si l’on en croit le rapport, l’industrie pharmaceutique a rapporté 262 incidents dans le monde en 2011. La majorité des attaques  visaient des laboratoires, des écoles et cliniques procédant à des tests sur les animaux pour des produits alimentaires, cosmétiques ou médicinaux.

Viennent ensuite des sociétés variées liées à ces enjeux : des institutions bancaires qui financent ces recherches, des sociétés qui développent des nanotechnologies, une compagnie aérienne ayant organisé des transports d’animaux entre différents labos, ou encore des fast foods…

En France, le rapport pointe du doigt des protestations contre la construction de deux aéroports qui ont tourné à une escalade de violences causant 8 blessés du côté des forces de l’ordre. Il relate également des protestations contre la construction de la ligne de train à grande vitesse Lyon_Turin. Les analystes avancent par ailleurs que l’utilisation de l’énergie nucléaire reste une question centrale pour les groupes écologistes extrémistes qui continuent les actions traditionnelles contre le transport des déchets radioactifs entre États membres.

Tarnac Production

Tarnac Production

Tarnac dossier judiciaire scandaleux, dérive éloquente de l'antiterrorisme à la française. Certes. Mais aussi et surtout ...

Malgré le faible nombre d’incidents majeurs dont le rapport rend compte, c’est bien l’argument économique qui est souligné pour justifier la lutte contre ces groupes ainsi que leur potentiel rapprochement avec des groupes d’extrême gauche. On peut en effet lire que ces incidents causent des millions d’euros de dommage aux compagnies et institutions impliquées dans ces activités. Le rapport précisant que “des individus liés à ces entreprises, ou parfois même des personnes aléatoires sont ciblées comme victimes”

D’après Europol et malgré l’absence  de prototype de groupes ou d’acteurs extrémistes liés à une cause politique environnementale, certaines caractéristiques générales permettent de dégager un “portrait” de l’écoterroriste européen:

La majorité sont relativement jeunes et peuvent être trouvés dans des groupes idéalistes, souvent relativement défavorisés, des jeunes qui ne sont pas d’accord avec certaines tendances à l’oeuvre dans la société et qui, par <conséquent cherchent à atteindre leurs objectifs grâce à l’action violente. Ces groupes tendent à avoir des similarités avec des groupes d’extrême gauche, c’est peut-être une explication de leur coopération grandissante. Ils continueront à attirer des individus radicaux qui sont prêts à utiliser des tactiques violentes. Le professionnalisme et les compétences élevées des membres de ces groupes, tout comme l’usage d’Internet pour le recrutement et la propagande augmente la menace qu’ils constituent

Libérer des visons est un acte terroriste

Le 22 juin 2011, la police espagnole arrêtait 12 activistes membres des organisations Igualdad animal, Animalequality et Equanimal dans une série de raids simultanément organisés dans différentes régions du pays. Le coup de filet avait été commandité par le juge du tribunal de première instance de Santiago de Compostela, suite à la libération de 20 000 visons d’une ferme d’élevage pour fournir le marché de la fourrure.

Si les libérations massives de visons n’ont jamais fait partie des revendications des deux ONG, elles avaient publié peu de temps avant les arrestations des informations compromettantes sur les fermes d’élevage de visons. Les activistes suspectés ont été accusés d’atteinte à l’ordre public, de conspiration, d’association illicite  et de crime contre l’environnement.

Dans des déclarations faites à l’agence d’information Europa Press, le 23 Juin, le juge avançait que les actes des militants arrêtés relevaient de “l’écoterrorisme” et non de l’écologie. Il ajoutait qu’ils provoquaient la terreur et que certaines fermes avaient été contraintes de fermer à la suite de ces actions.

D’après les inculpés, la procédure a échappé à de nombreuses règles de droits fondamentaux notamment durant l’investigation. A titre d’exemple, le maintien en détention des militants (plus de 20 jours pour trois d’entre eux) après leur arrestation était anticonstitutionnel. Plus d’un an après les faits, les inculpés sont toujours dans l’attente d’un procès. (mis à jour le 28 Juin)

C’est un cas similaire encore plus grave qui s’est déroulé en Finlande en 2009. En décembre, de nombreux médias finlandais divulguaient des vidéos et des photos prises légalement pendant deux mois par Justice for Animals ,le principal groupe de défense des droits des animaux du pays, lors de visites dans 30 fermes d’élevage porcin.

Les vidéos (voir ci-dessous, attention la vidéo peut choquer) rendent compte de porcs malades, blessés et en piteux état.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Si diverses autorités du pays liées à l’agriculture avaient promis d’enquêter sur ces révélations, l’affaire prit un tournant improbable deux ans plus tard. En octobre 2011, alors que les fermiers étaient mis hors de cause, deux activistes qui avaient pris part au tournage des vidéos étaient inculpés pour 10 cas d’entrave à la paix et 12 cas de diffamation aggravée.

Les accusations ne s’arrêtaient pas là puisque le bureau du procureur réclamait à l’époque une peine de détention ferme pour le premier militant et une condamnation avec sursis pour la deuxième. En outre, on exigeait des deux activistes ainsi que de deux membres d’une association de soutien à l’organisation Oikeutta eläimille, 180 000 euros de dommages et intérêts. Cette association avait eu le malheur de proposer sur son site le lien vers les vidéos filmées dans les fermes, comme la majorité des sites de médias finlandais à l’époque…

Après une forte mobilisation de soutien et une large couverture médiatique, les activistes ont finalement été acquittés.

Incarcérés pour activisme suspect

Enfin c’est sans doute l’Autriche qui a connu l’un des pires épisodes en matière de procès écoterroriste.

Malgré sa réputation de pays progressiste en matière de droits des animaux, (voir la loi de 2004 sur le sujet) le pays a connu de 2008 à 2011 une affaire judiciaire visant des activistes environnementaux accusés de “terrorisme”.

Une planète antiterroriste

Une planète antiterroriste

OWNI a développé avec RFI une application qui recense les législations antiterroristes dans le monde. Justice d'exception, ...

En 2007, suite à de nombreux rassemblements et actes de vandalisme sur des magasins de fourrure, deux responsables de la société concernée rencontrent des haut cadres de la police ainsi que le ministre de l’Intérieur. La réunion acte la création d’une unité spéciale d’investigation visant à infiltrer les organisations de défense des animaux pour mieux les connaître.

Durant l’année suivante, les membres de ces organisations sont ainsi espionnés : écoutes téléphoniques, interceptions d’e-mails, traceurs dans leurs voitures, leurs bureaux et jusque dans leur propre domicile. Des agents en civil infiltrent également les ONG pour observer leurs pratiques.

L’affaire prend corps le 21 Mai 2008, lors d’une opération de police organisée à l’échelle nationale. 23 locaux sont perquisitionnés et dix personnes liées à la protection animale (personnes travaillant dans des refuges, enseignants du bien-être animal et organisateurs de campagnes de sensibilisation publiques) sont arrêtées. Les forces de l’ordre défoncent les portes des appartements et locaux visés et rentrent armes au poing.

Les activistes, parmi lesquels figure Martin Balluch, ancien assistant de recherche à l’Université de Cambridge, sont mis en détention provisoire. Quatre d’entre eux y resteront trois mois sans parvenir à savoir précisément les chefs d’accusation pour lesquels ils sont détenus.

Les vilains terroristes se rebellent

Les vilains terroristes se rebellent

Les affaires de Tarnac et d'Adlène Hicheur, ce physicien du Cern accusé d'être un terroriste islamiste, ont un point ...

Il faudra trois ans et deux requêtes rejetées par la police avant que la juge en charge du dossier ne rende publique la non conformité des procédures policières et l’absence de preuves avérées quant à la construction ou le soutien à une organisation criminelle.

La raison pour laquelle les dix activistes ont été inculpés sans preuves réside dans un certain nombre de rapprochements établis entre eux et des coupables non identifiés, suspectés d’avoir commis des dommages matériels, des attaques au gaz et une menace à la bombe.

C’est sur cette base, et par un tour de force juridique, que les membres sont suspectés d’être liés à une organisation criminelle. C’est également par ce biais que des activités qui rentrent normalement dans le cadre d’actions d’ONG légales (filmer les conditions des animaux dans les fermes, organiser des manifestations, conférences et ateliers, stocker des tracts contre la chasse ou discuter des stratégies de campagne de communication) sont devenues des preuves, relevant du terrorisme.


Photo par JDHancok [CC-by]

]]>
http://owni.fr/2012/06/26/lecoterrorisme-debarque-en-europe/feed/ 0
La portée du plagiat du jeu Zynga http://owni.fr/2012/02/01/le-plagiat-de-zynga/ http://owni.fr/2012/02/01/le-plagiat-de-zynga/#comments Wed, 01 Feb 2012 16:26:25 +0000 Lionel Maurel (Calimaq) http://owni.fr/?p=96842

L’un des points les plus discutables de l’accord ACTA, dont la signature par l’Union européenne a soulevé une vague de protestations, réside dans un durcissement et une automatisation des sanctions attachées aux actes de contrefaçon en ligne, combinés à une définition extrêmement floue des contours de cette infraction.

On nous l’a répété à l’envi : cette orientation répressive serait justifiée par la nécessité de protéger les industries culturelles du fléau que constitue la contrefaçon. Pourtant il est intéressant de constater que même dans des secteurs hautement concurrentiels, comme celui du jeu vidéo, les réponses qu’apportent ces mêmes industriels aux problèmes de plagiat peuvent être infiniment plus nuancées et disons-le : intelligentes !

C’est ce que l’on a pu constater cette semaine à l’occasion d’une polémique qui a opposé le géant du jeu social Zynga, développeur notamment du fameux Farmville, à plusieurs studios indépendants.

Le studio Nimblebit a en effet publié une infographie sarcastique pour montrer les très fortes similarités entre Dream Heights, le dernier jeu lancé par Zynga et une de ses créations, Tiny Tower, qui a reçu le prix Apple du jeu pour iPhone en 2011.

Tout l’intérêt de la démarche de Nimblebit, c’est que plutôt que de se lancer dans un procès coûteux et hasardeux en contrefaçon contre le géant Zynga, le studio a choisi tout simplement de lui dire… merci !

Mais avec un humour qui fait mouche et en prenant bien soin de mettre en avant que leur société ne compte que 3 personnes, comparés aux 2789 employés de Zynga :

Cher Zynga,

Nous avons remarqué que vous avez lancé un nouveau jeu pour iPhone intitulé Dream Heights. Félicitations !

Merci à tous vos employés d’être de si grands fans de notre Tiny Tower, le jeu de l’année sur Iphone !

Bonne chance pour votre jeu et nous espérons pouvoir continuer à vous inspirer pour vos jeux futurs !

Bien à vous (nous trois)

Comme le souligne le site Techdirt, la réaction de Nimblebit est particulièrement intelligente, car elle ridiculise Zynga, en révélant au grand jour le plagiat auquel ils se sont livrés, tout en leur permettant d’affirmer leur propre image et d’attirer l’attention sur leur jeu (la preuve, on en parle jusque sur OWNI !).

Il faut savoir en effet que Zynga, bien que souvent accusé de “pomper” ses idées ailleurs (cela vaut même pour Farmville, leur grand succès), s’est illustré par une attitude particulièrement agressive en justice, en attaquant tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à ses jeux, afin d’éradiquer la concurrence. Zynga a même franchement dérapé dans le Copyright Madness, lorsque la firme a essayé de faire enregistrer comme marque le mot “Ville” pour empêcher des concurrents potentiels de s’en servir comme titre pour leurs jeux !

Au lieu de risquer son image dans des procédures en justice, Nimblebit a préféré jouer la carte de la réprobation sociale que le plagiat suscite toujours, montrant par là qu’il existe d’autres formes de régulation possibles de ce problème.  Cette attitude rejoint les réflexions sur le plagiat de l’activiste américaine Nina Paley qui considère que le droit d’auteur est inutile pour lutter contre le plagiat, voire même que d’une certaine manière, il peut le favoriser :

Quand les gens copient des chansons ou des films, ils ne changent pas le nom de l’auteur. Le plagiat est différent de la copie : c’est un mensonge. Si le droit d’auteur a quelque chose à voir avec le plagiat, c’est en cela qu’il le favorise, en le rendant plus facile (parce que les oeuvres protégées ne sont pas rendues publiques et qu’il est plus facile pour cela de mentir en dissimulant les sources). Le droit d’auteur incite même au plagiat (parce que copier une oeuvre en citant le nom de l’auteur est tout aussi illégal que de la copier sans le faire ; le fait de citer l’auteur peut même être utilisé à charge contre le copieur, car cela prouve qu’il savait que l’oeuvre était protégée).

Notons que la démarche de Nimblebit n’a pas manqué d’être elle-même… copiée, puisqu’une autre société de jeu vidéo, Buffalo Studios, a publié dans la foulée une autre infographie pour montrer que Zynga avait manifestement beaucoup aimé également son jeu Bingo Blitz, furieusement ressemblant à Zenga Bingo !

La réaction de Nimblebit n’est en fait pas isolée dans le monde du jeu vidéo, qui a une conception plus nuancée que l’on ne pense de la contrefaçon et des moyens de lutter contre elle. Pour preuve, on peut prendre les propos qui viennent d’être tenus par le dirigeant d’un autre géant du jeu vidéo, Mikael Hed, le PDG de Rovio, lors du Midem à Cannes. Le jeu phare de la firme, Angry Birds, fait l’objet de multiples clones, comme Angry Farm ou Angry Animals, qui ne cherchent même pas à dissimuler leurs sources d’inspiration. Mais le PDG de Rovio a déclaré que “le piratage n’est pas une mauvaise chose ; il peut même s’avérer bénéfique pour nos affaires”.  Rovio s’est en effet fixé comme ligne de conduite de n’attaquer que les clones de mauvaise qualité de ses créations, qui pourraient nuire à son image de marque. Critiquant les pratiques de l’industrie de la musique, Mikeal Hed a indiqué qu’il ne souhaitait par entrer en conflit avec les fans de ses jeux, qui constituent pour lui le socle de sa réussite commerciale.

Mais le plus fascinant est encore à venir dans cette histoire.

Les petits malins de Nimblebit ont en effet fini par se faire prendre à leur propre jeu. Un internaute a en effet réalisé une troisième infographie dans laquelle il montre que leur jeu Tiny Tower s’inspire très largement lui aussi de réalisations antérieures. L’accusation de plagiat est en effet dangereusement récursive et celui qui la brandit s’expose bien souvent à un effet boomerang. S’il en est ainsi, c’est parce que l’originalité de la création est toujours relative. Tout particulièrement dans le jeu vidéo, les sources d’inspiration sont multiples et les jeux s’inscrivent souvent dans des “lignées” de prédécesseurs qui forment les grandes archétypes de cet art.

A cet égard, le juriste américain Jonathan Band a écrit un billet remarquable sur son blog Plagiarism Today, dans lequel il fait l’histoire du plagiat dans le domaine du jeu vidéo et où il monte que la contrefaçon a un sens particulier dans cette branche des industries culturelles :

Les lois sur le Copyright indiquent clairement que les idées mises en forme sont protégeables, et cela inclut beaucoup d’éléments dont les jeux vidéos sont constitués. C’est pourquoi nous verrons certainement de plus en plus d’affaires de plagiat dans ce secteur finir par des poursuites en justice, non pas à cause des normes éthiques fluctuantes qui définissent le plagiat dans ce secteur, mais à cause des règles du copyright qui s’appliquent à lui.

Cependant, il existe une zone grise qui sépare ce que la loi interdit explicitement et ce que l’éthique professionnelle considère comme abusif et c’est dans cet espace que des clones et des remakes de jeux pourront continuer à être produits. C’est à ce sujet qu’il faut qu’une discussion s’engage pour que cette industrie fixe ses propres règles, afin d’éviter qu’une trop grande prolifération de pâles imitations ne finisse par menacer le marché [...]

Cette “zone grise” dont parle Jonathan Band, qui sépare le droit de l’éthique et qui joue un rôle essentiel pour la respiration de la création, c’est précisément ce qu’un traité comme l’ACTA va détruire s’il est ratifié par le Parlement européen. L’exemple du jeu vidéo montre que les industries culturelles elles-mêmes ont besoin d’une certaine souplesse pour aborder les questions de plagiat et de contrefaçon.Elles ont autant que les citoyens à perdre d’une rigidification à l’extrême du système.

Le plagiat, en un sens, fait partie des règles du jeu de la création…


Illustration principale de la chronique du copyright par Marion Boucharlat pour Owni
Illustrations par Fotofones/Flickr (CC-byncsa)

]]>
http://owni.fr/2012/02/01/le-plagiat-de-zynga/feed/ 15
Recherche sérendipité désespérement [3/3] http://owni.fr/2011/08/15/recherche-serendipite-desesperement-urbanisme/ http://owni.fr/2011/08/15/recherche-serendipite-desesperement-urbanisme/#comments Mon, 15 Aug 2011 08:35:28 +0000 Ethan Zuckerman http://owni.fr/?p=76265 Suite et fin de l’article d’Ethan Zuckerman autour du concept de sérendipité, qui peut être définie comme la capacité à découvrir des choses par hasard. Après s’être attardé dans la première partie sur les liens entre urbanité et sérendipité, et avoir analysé dans la seconde partie la manière dont nous cherchons l’information en ligne, l’auteur explore ici les diverses façons de découvrir une ville en valorisant la sérendipité et s’interroge sur comment s’en inspirer sur le Web.

Les liens de cet article sont en anglais.


L’urbanisme au service de la sérendipité

Si nous voulons créer des espaces en ligne qui encouragent la sérendipité, nous devons commencer par nous inspirer des villes. Au début des années 1960, une bataille virulente a éclaté au sujet du futur de New York City. À l’origine le débat s’est concentré sur le Lower Manhattan Expressway, un projet d’autoroute suspendue à dix voies qui aurait connecté le Holland Tunnel aux ponts de Manhattan et de Williamsburg . Les plans de l’autoroute prévoyaient la démolition de 14 blocks le long de Broome Street dans Little Italy et Soho, délogeant à peu près 2 000 familles et 800 commerces.

Le principal avocat du projet était Robert Moses, urbaniste à l’influence légendaire à l’origine d’une grande partie du système autoroutier new-yorkais. En face, son adversaire la plus virulente Jane Jacobs était une activiste, auteure et, en 1962, la présidente du « Joint Committee to Stop the Lower Manhattan Expressway » . Broome Street doit sa survie à Jacobs. Mais de son travail contre Moses est aussi né un chef-d’oeuvre : The Death and Life of Great American Cities , à la fois une critique de la planification urbaine rationaliste et un manifeste pour la préservation et la conception de communautés urbaines vivantes.

Dans ses critiques de la planification urbaine, Jacobs se demande pour qui, des gens ou des automobiles, la ville doit être conçue. Elle pointe du doigt l’indifférence de Moses envers les individus qu’il souhaitait déplacer. Un cadre d’analyse moins biaisé serait de considérer que Moses avait adopté un point de vue global et aérien de la planification urbaine, alors que celui de Jacobs se plaçait au niveau des piétons et de la rue. Pour Moses, l’un des défis importants de la ville est de permettre aux habitants de se déplacer rapidement de leur domicile de banlieue jusqu’au quartier d’affaires du centre ville, puis de nouveau vers l’extérieur et le « collier » de parcs qu’il avait laborieusement fait construire dans les quartiers excentrés.

Le principe de la séparation des tâches – avec des quartiers résidentiels séparés des quartiers d’affaires, eux-mêmes séparés des zones de loisirs – était un élément majeur de la critique de Jacobs. Ce sont les rencontres hasardeuses que l’on fait dans la rue, et qu’a observées Jacobs à Greenwich Village, qui rendent une ville vivable, créative, vivante et finalement sûre. Dans les quartiers aux blocks peu étendus, où les piétons sont les bienvenus et où l’on trouve un mélange d’éléments résidentiels, commerciaux ou récréatifs, on retrouve une vitalité largement absente des quartiers exclusivement résidentiels ou des centres d’affaires qui se vident une fois les bureaux fermés. Cette vitalité vient de la possibilité pour des individus utilisant le quartier pour différentes raisons de se rencontrer par hasard.

La vision de Jacobs de ce qu’est une ville vivable a été très influente sur l’urbanisme depuis le début des années 1980, avec la montée du « New Urbanism » et le mouvement des villes pensées pour les piétons. Ces villes – et Vancouver où se déroule notre conférence en est un très bon exemple – ont tendance à favoriser les transports en commun plutôt que les voitures et créent des espaces qui encouragent les gens à se mélanger et à interagir, dans des quartiers multi-usages et des rues commerçantes adaptées aux piétons. Comme l’explique l’urbaniste David Walters, ces villes sont étudiées pour faciliter les rencontres et les mélanges entre les individus :

Les rencontres fortuites dans les espaces partagés sont le cœur de la vie en communauté, et si les espaces urbains sont mal conçus, les gens les traverseront aussi vite que possible.

S’il y a bien un principe général dans la conception des rues, c’est d’organiser l’espace pour minimiser l’isolation. Les villes pensées pour les piétons font qu’il est plus difficile de s’isoler dans sa maison ou dans sa voiture, et plus facile d’interagir dans les espaces publics. Ce procédé demande de faire un compromis – pouvoir garer sa voiture devant chez soi est pratique, mais les villes pensées pour les piétons nous recommandent d’être méfiants devant trop de commodité. Les quartiers célébrés par Jacobs ne sont certainement pas les plus efficaces lorsqu’il s’agit de se déplacer rapidement et de manière autonome. La vitalité et l’efficacité ne sont peut-être pas diamétralement opposées mais des tensions peuvent apparaître entre ces deux forces.

Les décisions politiques derrière les réseaux sociaux

Les villes incarnent les décisions politiques prises par ceux qui les ont conçues. C’est aussi le cas des espaces en ligne. Mais les urbanistes ont tendance à afficher leurs intentions avec plus de transparence. Ils déclareront leur volonté de créer une ville pensée pour les piétons parce qu’ils estiment qu’une utilisation accrue de l’espace public améliore le civisme.

Et, dans le meilleur des cas, les urbanistes font des essais pour voir ce qui fonctionne et font part des échecs quand ils surviennent – par exemple, l’utilisation obstinée de la voiture dans des villes qui ont été pensées pour les piétons. Il est bien plus difficile de demander aux architectes à l’origine de Facebook ou Foursquare d’expliquer les attitudes qu’ils essaient de favoriser et les croyances politiques qui sous-tendent leurs décisions.

Je pense que beaucoup de ceux qui conçoivent des espaces en ligne essaient d’augmenter l’exposition à plusieurs niveaux d’informations et de cultiver la sérendipité. Mais je m’inquiète aussi de la difficulté à accomplir cela. Un urbaniste qui veut modifier une structure est contraint par une matrice de forces : un désir de préserver l’histoire, les besoins et les intérêts des commerces et des résidents des communautés existantes, les coûts associés à l’exécution de nouveaux projets. Le progrès est lent, et en résulte une riche histoire des villes que nous pouvons étudier pour voir comment les citoyens, les architectes et les urbanistes précédents ont résolu certains problèmes.
Nous pouvons imaginer le futur de Lagos en parcourant les rues de Boston ou de Rome.

Pour ceux qui planifient le futur de Facebook, il est difficile d’étudier ce qui a été un succès ou un échec pour MySpace, en partie parce que l’exode de ses utilisateurs vers Facebook transforme peu à peu le site en ville fantôme. Il est encore plus compliqué d’étudier des communautés plus anciennes comme LambdaMOO ou Usenet, qui date du début des années 1980. Je suis souvent nostalgique de Tripod, le réseau social que j’avais aidé à construire à la fin des années 1990.

L’admirable site Internet Archive comprend plusieurs douzaines de clichés des pages du site entre les années 1997 et 2000. Ils offrent un aperçu de l’évolution de l’allure du site, mais ne donnent pas d’idée du contenu créé par les 18 millions d’utilisateurs en 1998. Geocities, concurrent plus à succès de Tripod, a entièrement disparu du Web en 2010 – son héritage représente moins de 23 000 pages conservées et accessibles par la Wayback Machine, qui a finalement abandonné l’archivage en 2001 face à l’ampleur de la tâche.

Si l’on s’inspire des vraies villes plutôt que des villes numériques abandonnées, quelles leçons apprend-on ?
Le débat entre Jacobs et Moses nous suggère de faire attention aux architectures qui favorisent l’aspect pratique au dépend de la sérendipité. C’est l’inquiétude exprimée par Eli Pariser dans son – excellent – nouveau livre « The Filter Bubble ». Il s’inquiète pour notre expérience en ligne : entre la recherche personnalisée de Google et l’algorithme de Facebook qui détermine quelles informations de nos amis afficher, elle pourrait devienne de plus en plus isolée, empêchant les rencontres liées à la sérendipité. Les bulles de filtrage sont confortables, rassurantes et pratiques, elles nous donnent une marge de contrôle et nous isolent de la surprise. Ce sont des voitures, plutôt que des transports en commun ou des trottoirs animés.

De nouveaux filtres qui empêchent la sérendipité

Avec l’apparition des boutons « like/j’aime » de Facebook sur des sites tout autour du Web, nous commençons à voir une personnalisation apparaître même sur des sites très généraux comme le New York Times. J’ai toujours accès à tous les articles que je souhaite, mais je peux aussi voir quels articles mes amis ont aimé. Il n’est pas difficile d’imaginer un futur où les « like/j’aime » occuperont encore plus d’espaces d’information. Dans un futur proche je pense pouvoir obtenir un carte de Vancouver sur le Web et y voir apparaître les restaurants préférés de mes amis. (Je peux déjà utiliser Dopplr mais je m’attends à bientôt voir apparaître cette fonctionnalité sur Mapquest, voir même sur Google Maps.)

Ce scénario peut être aussi bien inquiétant qu’excitant. Ce qui fait la différence ici c’est de voir seulement les préférences de ses amis ou aussi celles des autres communautés. Comme le dit Eli, les filtres qui doivent vraiment nous inquiéter sont ceux qui sont obscurs sur leurs opérations et qui s’activent par défaut. Une carte de Vancouver recouverte des recommandations de mes amis est une chose ; une carte qui recommande des restaurants parce qu’ils ont payé pour avoir accès à cette publicité en est une autre complètement différente. La carte que je veux voir est celle qui me laisse parcourir non seulement les préférences de mes amis mais aussi les annotations de différents groupes : des visiteurs qui découvrent la ville, des natifs de Vancouver, des foodies, ou des touristes japonais, chinois ou coréens.

Lorsque nous parcourons une ville, nous rencontrons des milliers de signaux sur la façon dont les autres personnes utilisent l’espace. La foule qui attend de rentrer dans un bar et les tabourets vides dans un autre ; une aire de jeu avec terrain de basket très vivant, une autre remplie de mères avec des enfants en bas âge, une dernière remarquable pour ses bancs désertés. Les actions des individus inscrivent leurs intentions dans la ville. Le gazon récemment planté dans un parc sera bientôt parcouru de chemins, dessinés jusqu’à la terre par les pas des passants. Ces « lignes désirées » sont frustrantes pour les paysagistes, mais elles envoient des signaux précieux aux urbanistes. À savoir : d’où les gens viennent, vers où ils se dirigent et comment ils souhaitent utiliser l’espace.

Les espaces en ligne sont souvent si soucieux de me montrer comment mes amis occupent l’espace qu’ils masquent la façon dont les autres audiences l’utilisent. Dans les moments précédant les révolutions tunisiennes et égyptiennes, une quantité importante d’informations a été diffusée sur Facebook. Si vous n’aviez pas d’amis dans ces pays, et spécifiquement dans ces mouvements, ces activités vous étaient complètement inconnues. Il est possible de voir les sujets populaires sur Facebook pour une audience plus large que vos seuls amis. Le sommaire des « Pages » montre les stars, les groupes et les marques qui ont des centaines de milliers, voire des millions, de fans. Le parcourir offre un tour d’horizon assez fascinant des pages populaires aux Philippines, en Colombie, au Nigeria ou aux Etats-Unis et au Canada.

Facebook a donc des données sur ces « lignes désirées » mais il les enterre dans le site au lieu de les mettre en avant. Les « Trending Topics » de Twitter rendent ces « lignes désirées » visibles. Nous ne savons peut-être pas ce qu’est « Cala Boca Galvao » quand cela apparaît dans les « trending topics », ou nous ne nous intéressons pas au tag #welovebieber, mais nous avons au moins des indications sur les sujets importants pour ceux qui ne sont pas dans notre liste d’amis. Lorsque nous cliquons sur un tag inconnu sur Twitter ou lorsque nous explorons les annotations de quelqu’un sur une carte, nous choisissons de nous éloigner de notre chemin habituel.

Trouver un guide à ses errances

Les villes offrent plusieurs façons d’errer et permettent une position philosophique : celle du flâneur qui chérit l’errance et les possibilités qu’elle lui donne de rencontrer la ville. Je pense que deux formes d’errances structurées pourraient être très utiles pour errer dans les espaces en ligne.

Il y a quelques semaines, j’ai retrouvé un vieil ami pour un déjeuner à New York. Durant les 20 années qui se sont écoulées depuis notre dernière rencontre il est devenu une figure de premier plan du parti communiste américain (une organisation que je pensais disparue depuis la fin des années 1960). Alors que nous marchions du restaurant jusqu’à son bureau, en passant face au légendaire Chelsea Hotel, il a attiré mon attention sur des immeubles d’apparence ordinaire et m’a tout raconté sur les unions qui les avaient bâtis, la bataille autour des droits des locataires qui y avait eu lieu et sur les activistes communistes, socialistes et syndicalistes qui y avaient dormi, travaillé et fait la fête.

Notre marche longue de vingt blocks s’est transformée en tour personnalisé de la ville et en carte idiosyncratique qui m’a poussé à observer attentivement des bâtiments qui n’auraient normalement été qu’une partie du décor. Je l’ai supplié de transformer sa visité guidée de la ville en carte annotée ou en visite en podcast, tout ce qui pourrait permettre à une audience plus large de profiter de sa vision de la ville. J’espère qu’il le fera.

L’une des raisons pour lesquelles il est tellement utile d’être guidé dans ses errances est que cela révèle le maximum de la communauté. Savoir que Times Square est la destination new-yorkaise la plus populaire auprès des touristes peut servir pour l’éviter. Mais savoir où un chauffeur de taxi haïtien va pour manger de la soupe de chèvre est une indication utile sur l’endroit où l’on peut trouver la meilleure nourriture haïtienne. Vous ne savez pas si vous aimez la nourriture haïtienne ? Essayez les « maximum locaux » – les lieux les plus importants pour la communauté haïtienne – et vous trouverez une réponse à cette question assez vite. Il est peu probable que vous n’aimiez pas la cuisine parce qu’elle est mal préparée, puisqu’il s’agit de la destination favorite de la communauté – il est plus probable que vous n’aimiez tout simplement pas la soupe de chèvre. (Eh bien, ça en fera plus pour moi.) Si vous souhaitez explorer au delà des lieux appréciés par vos amis, et de ceux appréciés par le public en général, il vous faut trouver des guides assez éloignés de vous culturellement et qui connaissent la ville à leur façon.

Une autre façon d’errer dans une ville et de la considérer comme un plateau de jeu de société. Je suis moins susceptible d’explorer Vancouver en suivant une carte définie par un guide qu’en cherchant des geocaches. Dans un rayon de cinq kilomètres autour de ce centre de conférences, il y a 140 paquets cachés, chacun contenant un logbook où s’enregistrer et, probablement, des « mementos » à échanger avec d’autres joueurs. Pour un geocacher, c’est presque un impératif moral que de trouver autant de paquets que possible lorsque l’on visite une ville inconnue.

Ce processus va probablement vous emmener en dehors des sites touristiques de la ville, ne serait-ce que parce qu’il est difficile de cacher ces paquets dans des endroits si fréquentés. Au lieu de ça, vous découvrirez des coins oubliés, et souvent des lieux que la personne qui a caché le paquet voudra vous faire découvrir, parce qu’il s’agit d’endroits inattendus, historiques ou beaux. Geocaching est une forme à part entière d’annotation communautaire. Le but premier est de laisser sa signature sur le logbook de quelqu’un d’autre, mais un objectif plus profond est de nous encourager à explorer un lieu d’une manière inédite.

Des mécanismes ludiques pour (re)découvrir la ville

D’autres jeux établissent une connexion explicite entre l’exploration et l’expansion du capital civique. Le jeu SFO, fondé par un trio originaire de Chicago et transplanté à San Francisco, a été conçu pour encourager les joueurs à découvrir des choses qu’ils n’avaient jamais vues ou faites dans la ville, afin d’encourager l’exploration et l’autonomie. Le jeu nous invite à gagner des points en accomplissant des tâches, souvent absurdes, stupides ou surprenantes. On marque des points en documentant nos « praxis » et en postant des photos, des vidéos ou d’autres preuves de nos interventions.

Ce qui est vraiment excitant dans ce jeu, à mon avis, c’est le nombre de tâches conçues spécifiquement pour encourager les rencontres avec des lieux et des personnes inconnus – une épreuve nous pousse à convaincre des inconnus à nous inviter chez eux pour dîner. Les joueurs qui ont réussi cette épreuve racontent qu’elle était étonnamment facile et que leurs hôtes ont semblé apprécier cette rencontre inattendue autant que les joueurs. (Plus de réflexions sur SFO sur ce post de blog.)

Tous les jeux ne sont pas collectifs. Il y a plusieurs années, Jonathan Gold a créé un mécanisme ludique pour illustrer son exploration des restaurants de Pico Boulevard à Los Angeles. L’article sur cet expérience, intitulé L’année où j’ai mangé Pico Boulevard (The Year I Ate Pico Boulevard) offre un aperçu captivant de la diversité des nourritures ethniques accessibles en ville. Ce travail a permis à Gold de lancer sa colonne dans le Los Angels Weekly pour laquelle il a finalement remporté le prix Pulitzer, pour la première fois remis à un critique culinaire.

Je retrouve des mécanismes similaires dans le projet merveilleusement étrange intitulé International Death Metal Month, qui propose aux curateurs d’explorer YouTube pour trouver des groupes de death metal dans chacune des 195 nations reconnues par l’ONU. Le death metal du Botswana ne deviendra probablement pas votre tasse de thé, mais utiliser ses passions comme un objectif au travers duquel on voit le monde est une tactique cosmopolite célébrée par Anthony Bourdain ou Dhani Jones.

Il est risqué de trop utiliser ces métaphores géographiques. Même si les mécanismes de jeu sont attrayants et l’intervention de curateurs fascinante, aller du Bronx jusqu’à Staten Island demande toujours du temps. L’espace numérique offre la possibilité de changer les proximités – nous pouvons organiser les bits comme nous le souhaitons, et nous pouvons réorganiser nos villes en suivant notre imagination. Nous pouvons créer uniquement des quartiers en front de mer, ou seulement des parcs, uniquement des bâtiments de briques rouges ou des immeubles de huit étages bâtis dans les années 1920 et découvrir ce que nous rencontrons dans ces endroits.

Mes amis du Harvard Library Innovation Lab expérimentent une réorganisation des étagères de la bibliothèque, qui sont parmi les structures les plus puissantes à notre portée pour encourager l’exploration d’un paysage informatif. Les ouvrages sont classés par sujet et nous commençons par parcourir ce que nous pensons vouloir connaître, puis nous étendons notre recherche visuellement, élargissant notre champs de recherche alors que nos yeux se détachent de notre recherche initiale. En parcourant les rayons nous obtenons des informations sur un livre selon son apparence – son âge, sa taille. Son épaisseur nous dit si le volume est court ou long, sa taille est souvent un indice du nombre d’illustrations (les grands livres contiennent la plupart du temps des photographies).

ShelfLife, le nouvel outil développé par le laboratoire de la bibliothèque d’Harvard, permet de réorganiser les étagères de livres en utilisant ces caractéristiques physiques – taille, épaisseur, âge – mais aussi de les classer en utilisant des données comme le sujet, l’auteur ou la popularité auprès d’un groupe de professeurs ou d’étudiants. L’objectif du projet est de récupérer les données utiles qui apparaissent dans les formes d’organisations physiques et de les combiner avec les possibilités de l’organisation numérique de l’information. Si l’on combinait les conclusions tirées d’une étude de l’organisation des villes avec les possibilités de réorganisation numérique, nous pourrions peut-être concevoir différemment des espaces en ligne favorisant la sérendipité.

Cet essai ne se finit pas par une conclusion – il se termine par des questions. Je ne sais pas exactement de quelles idées issues de l’étude des villes nous pouvons nous inspirer pour les espaces virtuels – à mon sens, seules des expériences peuvent répondre correctement à ces questions :

* Comment concevoir des espaces physiques pour encourager la sérendipité ?
* Quelles leçons tirer de la sérendipité dans les espaces physiques pouvons-nous appliquer au domaine du virtuel ?
* Comment pouvons-nous annoter numériquement le monde physique pour faciliter nos rencontres avec le monde, plutôt que de les limiter.


Article initialement publié sur le blog d’Ethan Zuckerman

Traduction : Marie Telling

Illustrations FlickR CC Paternité par snorpey PaternitéPas d'utilisation commercialePas de modification par Benjamin Stephan PaternitéPas d'utilisation commercialePas de modification par roboppy PaternitéPas de modification par angelocesare
Image de Une Loguy

]]>
http://owni.fr/2011/08/15/recherche-serendipite-desesperement-urbanisme/feed/ 134
Rick Santorum: pas une référence http://owni.fr/2011/06/14/santorum-google-bombing-sodomie-referencement-sexe/ http://owni.fr/2011/06/14/santorum-google-bombing-sodomie-referencement-sexe/#comments Tue, 14 Jun 2011 09:51:54 +0000 Alexandre Léchenet http://owni.fr/?p=67756

Un mélange mousseux de matière fécale et de lubrifiant, effet secondaire apparaissant parfois suite à un rapport sexuel anal.

Cette définition presque parfaite méritait un nom. Grâce à un concours organisé par Dan Savage, tenant une chronique sur le sexe pour The Stranger, le terme est trouvé. Il s’agit du santorum. Du nom du sénateur républicain Rick Santorum, candidat à la primaire de son parti pour l’élection présidentielle de 2012. Mais l’histoire est plus compliquée que ça.

Tout commence en 2003, après que Rick Santorum a tenu des propos choquants sur l’homosexualité. Rappelant ceux récents de Brigitte Barèges en France, il assimile l’homosexualité à l’inceste, la pédophilie et compare celle-ci à des comportements bestiaux:

La définition du mariage n’a jamais inclus l’homosexualité. Et il ne s’agit pas que des homosexuels, mais aussi “homme + enfant” et “homme + chien”.

Dan Savage propose alors dans une chronique de redéfinir le terme santorum, de la même façon que le sénateur a redéfini l’homosexualité. Il lance alors un concours parmi ses lecteurs pour trouver la parfaite définition et nommer une position sexuelle en son honneur.

Pendant plusieurs semaines, il publie les meilleures contributions avant de tomber sur celle qui lui semble coller parfaitement, même si elle ne qualifie pas un acte sexuel :

C’était la définition parfaite. Il n’y avait pas de nom auparavant pour cela. Ça n’entrait en compétition avec aucune autre proposition. Ce n’est pas bienvenu. Si vous faite une sodomie correctement, ça n’arriverait pas. Et si ça arrive, c’est un peu tue-l’amour, ce que serait l’arrivée du sénateur dans la pièce au même moment.

Une fois la définition trouvée, il la met en ligne sur SpreadingSantorum.com et attend que le sénateur évoque l’opération pour lui donner de l’importance. Le blog mis en ligne sert également à suivre la dissémination du terme. Et utilise l’aide involontaire du moteur de recherche Google pour propulser son terme en tête des résultats.

Le bombardement Google (ou Google Bombing) est une méthode de référencement permettant de fausser les résultats sur un terme ou une expression précise. En effet, pour qualifier les URL qu’il visite, le crawler utilise entre autres le terme qui décrit le lien. Cette technique avait été utilisée par des militants, par exemple en 2007, où de nombreux internautes avaient fait des liens vers le site de Nicolas Sarkozy grâce au terme Iznogoud. Si bien que lorsqu’on tapait iznogoud, le premier résultat était le site de campagne du Président actuel.

Aujourd’hui, aux portes de la primaire, on peut imaginer le problème de Rick Santorum. Car 8 ans après la création du terme, il apparaît toujours en tête des requêtes et est devenu un vrai nom commun, utilisé de manière régulière. Maureen O’Connor, journaliste pour CNN, parlait en février dernier du problème Google du candidat :

Autant il est facile de cacher un site en particulier au fond des réponses de Google, autant essayer d’enterrer son propre nom est tout simplement impossible.

Car les spécialistes de l’e-réputation semblent impuissant face à cette mixture qui apparaît en première position. Et le terme n’a pas fini de faire parler de lui. Le 9 mai 2011, Jon Stewart, présentateur de The Daily Show, parlait des candidats à la primaire républicaine et soulignait leur manque de popularité. Au moment d’évoquer Rick Santorum, il déclare  :

Peut-être que ce candidat n’aimerait pas que vous le googliez. Et si vous n’avez pas saisi cette blague, allez faire un tour sur Google, santorum veut dire quelque chose d’autre…

Petite annonce qui a fait de ce terme un des plus recherchés sur le moteur de recherche le lendemain, relançant l’intérêt pour le petit problème de référencement du candidat.


image de l’American Congress et captures.

]]>
http://owni.fr/2011/06/14/santorum-google-bombing-sodomie-referencement-sexe/feed/ 2
Google Books, libraire numérique depuis 2010 http://owni.fr/2011/01/10/google-books-libraire-numerique-depuis-2010/ http://owni.fr/2011/01/10/google-books-libraire-numerique-depuis-2010/#comments Mon, 10 Jan 2011 07:30:51 +0000 Olivier Ertzscheid http://owni.fr/?p=41097 Mes étudiants vous le confirmeront, j’avais dès 2006 annoncé que Google deviendrait un jour libraire. Et j’avais également indiqué qu’il le serait au plus tard en 2010. Il s’en est donc fallu de peu (25 jours), mais j’ai gagné mon pari :-) Le 6 décembre restera donc comme la date officielle de lancement de Google Edition : http://books.google.com/ebooks.

Disponible uniquement aux États-Unis, l’ouverture pour l’Europe (et la France ?) et annoncée pour le début 2011 (“first quarter 2011″).

Pas le temps de faire un billet d’analyse, je me lance donc, par défaut, dans une petite revue de liens qui permettront, je l’espère, de circonscrire les principaux enjeux de ce lancement. Car figurez-vous qu’en plus de ce lancement, Google a, ces derniers jours, multiplié les annonces. Mais d’abord une question.

Pourquoi lancer Google Edition maintenant et dans une (relative) précipitation ?

Parce que c’est bientôt Noël et parce que comme tous les foyers qui peuvent faire flamber leur Carte Bleue pour l’occasion sont déjà équipés de cafetières, de micro-ondes, d’ordinateurs, et de lecteurs DVD, tous les indicateurs et tous les analystes le disent : ce Noël sera celui des tablettes tactiles et autres e-readers (liseuses). L’iPad va faire un carton (même si je vous conseille d’attendre la prochaine version). Et outre-Atlantique, les ebooks vont se vendre comme des petits pains (ben oui, faudra bien remplir les sus-cités tablettes et autres e-readers). Donc c’eût été digne de la stratégie d’un vendeur de sable en Afrique sub-saharienne que de ne pas lancer Google Edition avant les fêtes de Noël (pour info, et d’après une étude de Forrester citée ici, “le marché US représente près de 1 milliard de dollars en 2010 et devrait tripler d’ici 2015″, d’autre part, ici, “le marché du livre électronique progresse : +200% de ventes en 2009 pour les États-Unis.”).

La question des chiffres

Épineuse. Pour certains, reprenant la communication officielle de la firme [en] pour certains donc, Google Edition c’est 3 millions de livres sur les 15 millions d’ouvrages numérisés à ce jour par le moteur, issus des catalogues de 35.000 éditeurs et plus de 400 bibliothèques (source). Pour d’autres, dans Google Edition on partirait sur “4.000 éditeurs pour environ 200.000 livres mis en vente. Les éditeurs recevront jusqu’à 52 % du prix de vente.” (source) La vérité est ailleurs probablement à chercher du côté du supplément livres du Los Angeles Times :

Google is working with all of the big six major publishing houses — Random House, Penguin, HarperCollins, Hachette Book Group (sic), Simon and Schuster and Macmillan — and thousands of smaller publishers to offer more than 250,000 in-print books for sale. Google eBooks will also launch with about 2.7 million public-domain books in its store, which can be accessed for free.

Voilà. 2,7 millions d’ouvrages du domaine public + 250.000 ouvrages sous droits = pas loin de 3 millions d’ouvrages, sur les 15 millions que Google dit avoir numérisé, et dans lesquels figurent au moins 60% d’œuvres orphelines qui ne seraient donc pas, pour l’instant et en attendant que la justice se prononce sur la dernière version du règlement Google, qui ne seraient donc pas dans l’offre de lancement de Google Edition.

La question des droits (et des ayants-droit).

Problème épineux et consubstantiel de Google Books (cf les différents procès et la mise sous coupe réglée du règlement afférent). Avant de lancer Google Edition, Google s’est aussi efforcé de faire bonne figure auprès des ayants-droit :

  • “meilleure accessibilité des contenus légaux depuis son moteur. (…) Une modification de l’algorithme de Google afin de faire remonter systématiquement les contenus identifiés comme légaux ne serait pas à exclure.”
  • nettoyage de l’auto-complétion (pour éviter les suggestions du type “Houellebecq… BitTorrent”)
  • “répondre en 24 heures aux demandes de retrait de contenus litigieux de la part d’ayants-droit”
  • “fermer les vannes d’AdSense aux sites pirates”

La question des DRM, des formats et des concurrents

On a beaucoup dit (et écrit) que la caractéristique de Google Edition serait l’absence de DRM. Faux [en]. Il y aura bien des DRM. Reste à savoir s’ils seront limités aux œuvres sous droits ou s’ils seront étendus aux œuvres orphelines. Cette question constituera un des points à surveiller tout particulièrement. Le modèle de l’allocation proposé par Google permettant en effet partiellement d’évacuer la question des DRM castrateurs, question certes sensible pour les ayants-droit et les éditeurs mais aussi et surtout facteur ô combien bloquant pour le décollage du marché.
La plupart des ouvrages disponibles sur Google Edition seront – c’était annoncé et cela reste une bonne nouvelle – au format open-source ePub. J’ai bien dit la plupart.
Ben… [en] des concurrents y’en a plein : Amazon, Apple, Amazon, Apple, Amazon, Apple. Peut-être aussi Barnes&Noble (plus gros libraire américain).

La question des (petits) libraires (indépendants)

Ben oui. Dans ce monde un peu fou de la librairie (et pas que dans celui-là d’ailleurs), le même Google qui était hier le grand méchant ogre est aujourd’hui en passe de devenir la planche de salut de la librairie indépendante [en]. Google leur fournirait les briques et le mortier (“brick and mortar”) nécessaires à la construction de leur librairie numérique. À moins qu’il ne s’agisse du goudron et des plumes nécessaires à son enterrement de première classe. Mais du coup, le grand méchant ennemi de la librairie indépendante reste Amazon et Google s’offre une relative virginité ainsi qu’une main d’œuvre qualifiée qui fera diligence pour aider le même Google à vendre… ses livres. Ou comment créer à moindre frais une chaîne de libraires franchisés Google (rappelons pour mémoire qu’il y autant de libraires indépendants en France que sur tout le territoire américain, et si la nouvelle est accueillie avec enthousiasme par l’alliance des libraires indépendants américains, l’enthousiasme risque d’être moins spontané du côté du Syndicat de la Librairie Française… )

With access to over three million titles in the Google system, a variety of e-book formats, and compatibility with most of the e-reading devices out there, independent bookstores have a powerful platform available to them. Without having to concentrate on the technical details of selling e-books, indies can focus on their “bread-and-butter” services like curation and personal book recommendations. (source)

More than 200 independent bookstores nationwide will be able to sell Google eBooks. (LATimes)

Créer une armée de libraires “Powered by Google”. (TechCrunch)

La question des supports de lecture

C’est là où Google Edition s’inscrit en rupture du modèle dominant avec sa stratégie de l’allocation. Mais on pourra aussi lire les ouvrages achetés sur Google Edition sur à peu près tou(te)s les tablettes/smartphones/e-readers/iPad (via une application en cours de développement)… à l’exception notable du Kindle d’Amazon :-)

La question du nuage (comme support de lecture)

Les ouvrages de Google Edition sont (et resteront pour la plupart d’entre eux) dans les nuages du cloud computing. Or on apprend que Google lancerait demain (mardi 7 décembre) son système d’exploitation Chrome OS, permettant d’équiper d’ici Noël les premiers Netbooks tournant sous Chrome OS, le même Chrome OS étant la première version à supporter le Chrome Web Store et son magasin d’application sur le même modèle qu’Apple (apprend-on ici). Donc ? Donc en plus des tablettes, smartphones, PC et e-books, Google se réserve aussi son Netbook comme potentiel support de lecture, et comme fournisseur d’applications pour sa chaîne de libraires franchisés. [maj : Google a bien lancé [en] le premier prototype de portable avec Chrome OS) 

La question du partage du gâteau

Houlala. Va falloir s’accrocher (voir par ici les “pricing options”, [en]) Plusieurs options donc. Les librairies indépendantes franchisées. Le modèle d’agence (c’est l’éditeur et non le libraire qui fixe le prix). On sait que, pour les ouvrages sous droits et uniquement ceux-là :

* l’éditeur touchera jusqu’à 52% du prix si l’ouvrage est vendu “sur” Google Edition (jusqu’à 45% s’il est vendu par un détaillant – ou un libraire partenaire)

Less than 10 percent of Google’s publishing partners asked for an agency deal, but they represent over half of the best-sellers in the store, the company said, and they get 70 percent of the sale price. (source)

Rappelons au passage que depuis le règlement Google (et même si celui-ci n’est toujours pas définitivement validé par la justice américaine), et concernant les œuvres orphelines, si les ayants-droit sont connus ils peuvent fixer le prix de vente, mais pour l’immense majorité des œuvres sans ayants-droit connus, et sauf accord particulier (comme dans le cas d’Hachette), c’est Google et lui seul qui fixera et modifiera comme il l’entend son prix (dans une fourchette de 12 tranches de prix comprises entre 1,99 dollars et 29,99 dollars)

La question du partage du gâteau (encore). Je fais et refais, depuis 2009, le pari avec mes étudiants que Google mettra en place sur Google Edition un équivalent du modèle AdWords permettant de rémunérer les auteurs non pas uniquement “au pourcentage des ventes” mais aussi – et peut-être surtout – “à la consultation”. D’autres (analyste chez Forrester [en]) ne sont pas loin de me suivre et font l’hypothèse de la création d’un “ad-supported publishing model” dans lequel Google vendra des liens sponsorisés (= proposera des campagnes AdWords) sur le contenu des ouvrages :

Where Dickens’s, “It was the best of times, it was the worst of times,” could end up sponsored by a Google AdWords campaign that reads, “Is your day feeling like the worst of times? Try our new sports drink to get your afternoon back on track.

Et le même d’ajouter :

First, books are the only medium left not significantly sponsored by advertising. From the Android Angry Birds game app to Pandora music streams to Hulu.com to the venerable NYT.com, advertising is essential to the success of nearly all media—analog and digital. The only reason book advertising has not happened is that the economics of distributing books have required that people pay for them—in a way they have never paid for the newspaper, magazines, or even music, where a majority of listening has always been radio-based.” (…) “the economics of publishing are swiftly moving away from an analog production model. (I blogged about this to much ado last month), which means that soon, we will no longer need to force the entire cost of a book on the buyer of the book, but instead can extract value from the reader of the book, in direct proportion to the value they get from it. In other words, the more pages they read (the more value they get), the more ads they see and the more value the publisher and author receive.

La question des oeuvres orphelines

Le réglement Google (settlement) n’ayant toujours pas été définitivement validé, reste la question de savoir si les oeuvres orphelines dont les ayants-droit ne sont pas connus figureront ou non dans le pack de départ de Google Edition. L’AFP et Letemps.ch semblent penser que non.
J’incline à penser que oui, parce que primo, bien malin celui qui réussira à les y dénicher, que deuxio, la “chaîne du livre sous droits” va avoir d’autres soucis immédiats à gérer en terme de positionnement et de choix stratégiques, et que tertio, le contrat avec Hachette risque de faire tâche d’huile et qu’une fois que la tâche sera suffisamment grande, Google pourra alors ouvrir en grand le robinet des oeuvres orphelines, sans grande crainte de représailles ou de procès.

J’allais oublier : la machine bizarroïde qui vous imprime et vous relie un livre de 300 pages en 5 minutes arrive en Europe [en]. Elle est déjà présente dans 53 bibliothèques et librairies des États-Unis. Je vous ai déjà dit que Google était partenaire de l’Espresso Book Machine ?

Moralité : Google Edition est en fait une librairie. Google Print était en fait une bibliothèque. Ne reste plus qu’à attendre le lancement de Google Library qui sera en fait une maison d’édition. Je verrai bien ça pour dans deux ans ;-)

Lire aussi l’expérience utilisateur et les réflexions d’Hubert sur La Feuille.

Sources utilisées pour la rédaction de ce billet (dans le désordre). Les ** signalent les articles particulièrement intéressants et/ou synthétiques (de mon point de vue) :

Google veut se refaire une image auprès des ayants-droits
Google eBooks propose 3 millions de livres numériques pour son lancement
Adobe announces adoption of ebook DRM by Google
Google eBooks is live: just in case Amazon, B&N, and Apple aren’t enough
Radio-Canada La revue du web – 6 décembre 2010
**Will Google eBooks Save Indie Booksellers?
Discover more than 3 million Google eBooks from your choice of booksellers and devices
** Google launches its eBooks store
Google’s New Bookstore Cracks Open the E-book Market
** The Ultimate Effect Of Google E-Books: A New Ad-Supported Model For Books
Google pourrait lancer Chrome OS mardi
Google nous invite pour une annonce Chrome
Google prêt à lancer le Nexus S
Google eBooks, la librairie en ligne est ouverte aux États-Unis
** Google Books overview
Google livres programme partenaires
** Google Editions : diviser pour mieux régner
First Espresso Book Machine in Continental Europe

Publié initialement sur le blog Affordance sous le titre Google édition : books.google.com/ebooks

Crédits photos flickr sous licence Creative Commons PaternitéPas d'utilisation commercialePartage selon les Conditions Initiales Visualist Images ; digitalnoise ; Stuck in Customs

]]>
http://owni.fr/2011/01/10/google-books-libraire-numerique-depuis-2010/feed/ 5
A-Listers: éloge de la transdisciplinarité et de l’action http://owni.fr/2011/01/08/a-listers-eloge-de-la-transdisciplinarite-et-de-l%e2%80%99action/ http://owni.fr/2011/01/08/a-listers-eloge-de-la-transdisciplinarite-et-de-l%e2%80%99action/#comments Sat, 08 Jan 2011 17:00:43 +0000 Cecil Dijoux http://owni.fr/?p=41007 Ce qui fascine chez les A-Listers, ces bloggers incontournables de la blogosphère anglophone : le caractère multiple de leurs compétences et le fait qu’il s’agit de personnalités qui, au-delà de la réflexion, sont en permanence dans l’action.

La richesse de leur parcours improbable leur donne une perspective originale et une meilleure appréhension des choses électroniques. Et cette compréhension intime des changements sociaux que nous vivons  leur confère une plasticité professionnelle et une aisance naturelle pour réinventer continuellement leur vie avec des activités où s’entremêlent recherche, écriture, business, consulting, art et technologies. La vie 2.0, quoi.

Hypertextual l’avait énoncé dans sa profession de foi [fr] : nous ne retrouvons pas cette pertinence dans la blogosphère.fr [fr], et le sentiment est qu’indépendamment des raisons évoquées alors, un motif supplémentaire est ce manque de compétences transdisciplinaires au service de l’action.

Edgar Morin [fr] rappelait que la délimitation des disciplines [fr] a permis l’hyper-spécialisation et, ainsi, la modernité de la recherche scientifique. Modernité succédant à la phase classique où les savants savaient tout sur tout, avec une grande dispersion de l’énergie et la concentration.

L’expérience tendrait à montrer un certain retour au classicisme pour la discipline des sciences connectées, à la fois sociales et technologiques, où ceux qui ont le mieux et le plus tôt perçu les perspectives offertes par les outils collaboratifs d’internet présentent des parcours et des compétences riches, confinant parfois au romanesque.

Petit panorama :

Hugh McLeod : l’illustrateur de la blogosphère

Hugh Mc Leod : ancien publicitaire, illustrateur officiel de la blogosphère avec ses dessins gribouillés sur le dos des cartes de visite. Un des blogs Marketing les plus populaires et les plus pertinents. Après avoir vécu à New York et Londres, il vit aujourd’hui à Alpine, Texas. Il y a monté un atelier pour enfin faire de l’art et profite de sa notoriété pour en vivre en vendant depuis internet des exemplaires limités et signés.

En parallèle il écrit des self-help books inspiré de son parcours étonnant. Humour rustaud, chroniqueur impitoyable des médias sociaux et de l’entreprise,  Hugh a construit étape par étape sa vie et inventé son activité professionnelle. Ou plutôt : il a agrégé des activités différentes pour composer sa vie professionnelle : illustration, oeuvres d’art, livres et consulting en marketing avec des entreprises aussi différentes que Microsoft, Dell ou les vins Stormhoek.

Son fait d’armes : l’essai How to be creative (Hypertextual en parle ici) qui a inspiré son livre Ignore everybody.

Kathy Sierra : from fitness to Twitter

Kathy Sierra est diplômée en sciences physiologiques. Ses dix premières années professionnelles l’ont été dans l’industrie du fitness. Sujette à des crises d’épilepsie, elle se fascine pour les sciences cognitives et suit des cours à l’UCLA pour ensuite se diriger vers le monde des médias interactifs et participer à la conception de jeux vidéos. Elle entre ensuite à Sun Microsystems où elle devient instructrice dans le langage Java (le langage de programmation le plus utilisé dans le monde informatique depuis le début du siècle) et conçoit les sujets des certifications professionnelles du langage.

Elle monte le site communautaire JavaRanch en 98, site qui obtient instantanément un succès spectaculaire et assied devant l’éternel son statut d’icône auprès de la communauté des geeks. Elle entre dans ma vie professionnelle le 12 septembre 2001 : alors consultant indépendant dans les systèmes de réservations de l’industrie aérienne, quelque chose me dit que je ferais mieux de changer de branche. La collection qu’elle dirige chez O’Reilly (Head First Series) s’avère un outil extraordinaire (ludique et très visuel) et parfaitement complémentaire de JavaRanch pour préparer des certifications professionnelles et faire ainsi évoluer mes compétences.

Elle dirige ensuite le blog de marketing/brand management/community building Creating Passionate Users qui obtient un succès formidable jusqu’à la fameuse affaire des menaces de mort qui a secoué la blogosphère en 2007. Elle a été une des premières à entrevoir la puissance de Twitter où on peut la suivre aujourd’hui.

Ses faits d’armes : l’incroyable collection de formation Head First Series où elle met en pratique ses études des sciences cognitives avec des visuels rigolos, son sens de l’humour tongue in cheek, et une approche positive et volontariste qui confine au solaire (et qui lui a valu d’incessantes attaques – dont les menaces de mort). Et bien entendu l’inépuisable blog Creating Passionate Users.

Penelope Trunk : volley ball, syndrôme d’asperger et generation Y

Penelope Trunk (c’est un pseudo – on tout de voit tout de suite le sens de la prosodie) a commencé à écrire en 99 dans eCompany ou The Boston Globe. À l’époque executive dans de grandes entreprises (après avoir été joueuse professionnelle de volley-ball) il est ensuite assez difficile de la suivre : sa biographie fluctue en fonction des moments et des patronymes successifs dont elle s’est affublée.

Elle est aujourd’hui à la tête de Brazen Carreerist, une start-up proposant un réseau social professionnel pour la Generation Y, génération qui la fascine et sur laquelle elle est intervenue dans un certain nombre de conférences.

Des dizaines de milliers d’abonnés à son blog sont subjugués par son ingénue transparence : elle y parle tour à tour de son business, son syndrôme d’Asperger, ses aventures amoureuses avec son fermier du Wisconsin, son experience du 11 septembre (elle était alors sur le site du WTC), ses avortements ou encore de comment son père a abusé d’elle. Billet dans lequel elle a cette phrase incroyable : “I don’t have more stuff that is difficult to talk about. I just have more difficulty not talking about difficult stuff.”

Son fait d’armes : son tweet en direct où elle raconte qu’en plein board-meeting elle est en train de faire une fausse couche, tweet qui a suscité un tollé et pour lequel elle a répondu avec un panache remarquable en direct sur CNN.

David Heinemeier Hansson : small is the new big en action

David Heinemeier Hansson fait partie de ses geeks qui ont contribué à rendre l’informatique terriblement sexy. Tout au moins aux États-Unis (avec Wired donc) où c’est aujourd’hui communément admis qu’il s’agit d’une occupation créative. Je vous laisse mesurer le chemin qu’il nous reste culturellement à accomplir

Anyway : fraîchement émoulu de sa business school Danoise, DHH part avec sa chérie à Chicago où il rejoint le non moins remarquable Jason Fried et transforme 37Signals d’une Web Agency dont le manifesto cite Vladimir Nabokov et David Ogilvy en une start-up florissante qui ne fait rien comme tout le monde pour des résultats à l’insolente réussite.

Tout le monde développe des applis web en PHP ou en Java [fr] ? DHH récupère le langage Ruby [fr] et invente le framework Ruby on Rails qu’il offre à la communauté open source. Pour mesurez le truc essayez d’imaginer un diplômé d’HEC qui a) conçoit un framework de développement web et b) préfère l’offrir à la communauté open source plutôt qu’accepter une offre mirobolante d’un éditeur.  Framework qui décuple la productivité et qui dispose d’une communauté de milliers de développeurs et de millions d’utilisateurs : Twitter et Slideshare par exemple sont développés en RoR.

Son fait d’arme : le framework RubyonRails bien sûr mais surtout son insolente gouaille GenY qui lui permet de mettre en boîte Michael Arrington, le chroniqueur officiel de la Silicon Valley au terme d’une étincelante présentation à la Start-up school 2008 de Stanford.

danah boyd : Erwing Gofmann sur BoingBoing

Sociologue des médias sociaux et pure geek capable de hacker son Mac OS X. danah boyd (qui insiste pour que son noms et prénom soient orthographiés en minuscule) est une spécialiste de la relation des ados avec le monde connecté. Il s’agit aussi d’une experte et d’une actrice majeure de la culture électronique du XXIe. Je cherche encore quelqu’un chez nous citant à la fois Lawrence Lessig ou Cory Doctorow et Erwing Goffman ou Hannah Arendt.

À la manière des autres A-listers dont on parle ici, et de la génération Y dont elle est un magnifique étendard, danah est d’une transparence touchante sur son blog : on a ainsi appris en temps réel l’obtention de son PHD, ou ses problème de burning lap des suites de l’utilisation abusive de son MacBook.

Elle participe à l’ouvrage collectif Rebooting America [pdf] une autre pierre philosophale de la culture connectée.

Il aura fallu attendre 2009 et son essai [pdf] sur l’analogie entre la désertion de certains quartiers et celle de MySpace par les communautés WASP pour en entendre parler dans les médias français.

danah travaille aujourd’hui au centre de recherches de Microsoft à Boston et est membre du Berkman Center for Internet and Society de l’université d’Harvard.

Son fait d’armes : un essai sur la reproduction des classes sociales dans le monde connecté avec une division qui prend la forme des groupes subalternes chez MySpace et hégémoniques chez Facebook. Hypertextual en parle ici et . Supernormal [fr] en a fait une chanson : Nos vies électroniques [fr].

Les autres

On pourrait rajouter ici, mais la place et le temps manquent :

Bon surf !

Billet initialement publié sur #hypertextual

Image CC Flickr Lollyman

]]>
http://owni.fr/2011/01/08/a-listers-eloge-de-la-transdisciplinarite-et-de-l%e2%80%99action/feed/ 3
Liberté d’expression: en Chine, Twitter fait la révolution http://owni.fr/2010/12/23/liberte-dexpression-en-chine-twitter-fait-la-revolution/ http://owni.fr/2010/12/23/liberte-dexpression-en-chine-twitter-fait-la-revolution/#comments Thu, 23 Dec 2010 09:28:52 +0000 Irene Hu http://owni.fr/?p=39704 Figure emblématique des « journalistes citoyens » et spécialiste des sujets « casse-tête » aux yeux de la police de l’Internet en Chine, Wen Yunchao (blog, Twitter, en chinois) a été récompensé par la France en devenant l’un des lauréats du Prix des droits de l’Homme de la République française pour l’année 2010, décerné par la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH), chargée de conseiller le gouvernement sur ces questions. Contrairement à Liu Xiaobo, le Prix Nobel emprisonné, Wen a pu se présenter à Paris pour la cérémonie de remise du prix. Rencontre avec un homme libre, et qui combattra à tout prix pour continuer à l’être.

« Vent du nord », son pseudo, souffle fort sur la Toile chinoise. Journaliste à l’origine, Wen Yunchao a vu sa réputation s’établir surtout en 2007, après la couverture en temps réel d’une « promenade collective » (l’appellation chinoise pour une manifestation) de riverains opposés à la construction d’une usine de produits chimiques PX à Haicang, zone industrielle à moins de 10 kilomètre du centre ville de Xiamen. L’affaire est connue en Chine comme « l’affaire PX de Xiamen ». En l’absence des médias traditionnels, qui avaient reçu l’ordre de rester muets sur l’événement, le blogueur s’est rendu sur place et a couvert le déroulement de la manifestation en utilisant son téléphone portable, puis l’Internet, devenant ainsi « la seule source d’information en continuité sur le terrain », selon les internautes chinois.

Et ce n’est qu’un début. Wen va vite comprendre la force, le potentiel de l’Internet, élargissant l’horizon du « journalisme citoyen » doté d’outils issus des nouveaux médias. À partir de 2009, l’ancien journaliste a su s’imposer sur le web chinois, malgré la sévère censure et la répression de la police de l’Internet. Il s’est engagé à démocratiser, auprès des internautes, les méthodes de contournement des filtrages de la Toile, comme le “Great Firewall”, la grande muraille de la censure chinoise.

Nanfang Renwu Zhoukan (Southern People Weekly) l’a présenté comme l’un des « meneurs de la Chine en 2008 », et l’hebdomadaire Shidai Zhoukan comme l’une des « 100 personnalités qui influencent le processus de l’évolution en Chine » en 2010. Interviewé par OWNI.fr, Wen Yunchao, contrairement à la témérité que sa taille pourrait lui donner, impressionne par ses raisonnements structurés, ainsi que la manière calme et discrète qu’il a de se confier.

« Pour l’avenir du pays, le pont est là, nous n’avons qu’à le traverser. »

OWNI. Qu’avez-vous à dire sur le Prix des droits de l’Homme que vous remportez en France cette année ?

W.YC. Honoré mais triste aussi. En matière de droit de l’homme, la Chine aujourd’hui inquiète (encore) le monde au même titre que les pays comme la Birmanie ou le Zimbabwe, il n’y a pas de quoi être fier ! Mais en même temps, ce prix honore tous les gens qui, en Chine, contribuent courageusement sur Internet à améliorer la situation. Pour le même objectif, nous faisons la même chose – ils font d’ailleurs peut-être mieux que moi, je suis simplement l’un d’entre eux, qui suis choisi pour être là aujourd’hui.

OWNI. Quels sont vos armes de combats contre la censure de l’Internet ? Et pour les citoyens, comment peuvent-ils contourner le filtrages ?

W.YC. Prenons l’exemple de Twitter. C’est intéressant de voir que Twitter est utilisé dans beaucoup de pays par les “people”, tandis qu’en Chine nous sommes obligés de l’utiliser pour débloquer la diffusion de l’information, et pour alimenter la mise à jour des événements « bloqués » par les médias traditionnels. C’est là que l’on s’est rendu compte que l’Internet ouvrira la porte de la démocratie en Chine. Avec l’arrivée de l’ère de ces nouveaux outils en ligne, ce processus de démocratisation va certainement beaucoup s’accélérer. C’est ce qu’on appelle « la Twitter révolution ».

En fait, il n’y pas de différence entre nous, les soi-disant « militants », et les « citoyens normaux », parce que nous sommes tous des « témoins d’actualité » participant aux « affaires publiques ». On ne parle plus de professionnalisme, mais de témoignage. Il suffit de se demander si l’événement a un intérêt public. Après, que ce soit par l’API, le VPN ou encore SSH pour ne citer que ces exemples, les moyens pour « grimper le mur » de filtrage sont à la disposition de tous.

Quelques astuces quand même : pour qu’une information survive, il faut qu’elle soit publiée rapidement avant que l’autocensure des sites ne réagisse, qu’elle soit mise sur les plateformes diversifiées et qu’elle soit destinée aux personnes très actives sur le Net, que j’appelle des « pivoteurs d’information ». Des réseaux privés et sociaux fonctionnent de plus en plus, et on a constaté que l’information finira toujours par circuler. Après tout, nous aspirons à la liberté et aux droits du citoyen presque de la même manière que nous avons besoin de l’air et de l’eau. Les autorités chinoises ne peuvent plus négliger cette force et contrôler tout ce qu’elles veulent, comme elles le faisaient quelques années plus tôt.

OWNI. A propos du filtrage de contenu sur Internet, que pensez-vous de la loi Loppsi en France ?

W.YC. Je ne me permettrais pas de me prononcer sur la légitimité de cette loi. Mais généralement, je prendrai la situation en Chine pour comparer, et il y a trois choses à voir : si les mesures sont transparentes, s’il existe des moyens de recours disponibles en cas de condamnation, et si l’intervention de la police est jugée excessive par l’opinion publique.

À mon sens, je pense que la question est plutôt celle de savoir ce que l’opinion publique est prête à céder, en terme de droits, au profit de l’intérêt public sur certains sujets qu’elle juge majeurs. Ce qui est sûr, c’est que toute mesure de restriction sans accord préalable est illégitime. Reste à voir s’il y a des instances de contrôle et de révision de l’application de la loi, comme des ONG par exemple.

Or, ce n’est pas le cas en Chine, où toutes les opérations sont exécutées dans une « boîte noire », sans aucun moyen de recours ; les filtrages de contenus (blocage de sites ou d’articles, mots-clefs filtrés, NDLR) sont imposés partout, y compris au sein même des ordinateurs des particuliers, comme avec le « Great Firewall », sous prétexte de filtrer le contenu pornographique. Et il n’y a aucune instance de contrôle qui peut contester cette mesure. Donc je pense que l’on ne parle pas du même niveau de « filtrage » en France qu’en Chine. Les contextes sont différents.

OWNI. Qu’est-ce qui vous a poussé à signer la Charte 08, en dédaignant les précautions d’usage ?

W.YC. Tout simplement parce que je trouve que ce manifeste pour la démocratie est paisible, raisonnable. Il a proposé une piste de réflexion sur l’avenir du pays. Je vais d’ailleurs continuer à m’avancer sur cette piste, avec des milliers de gens comme Liu Xiaobo. Pour moi, la Charte 08 a indiqué là où il y a un pont vers une Chine libre et démocratique : le droit de vote appartient au peuple, la limite des pouvoirs et le contrôle des pouvoirs aussi. Si vous examinez de près ce que le Premier ministre Wen Jiabao a prononcé, dans plusieurs circonstances, concernant la réforme qu’il pense nécessaire à mener en Chine, vous allez voir que les principes sont quasiment les mêmes que dans la Charte 08 ! La France, l’Angleterre et les États-Unis ont déjà connu semblable traversée. Pour l’avenir du pays, le pont est là, nous n’avons qu’à le traverser.

OWNI. Et vous avez ressenti l’air libre en France pendant votre séjour à Paris ?

W.YC. (rire) Quelques jours, c’est trop court… Mais ce qui m’impressionne, c’est que j’ai l’impression d’avoir baigné dans un joli musée vivant. Des ruelles, des maisons, des demeures… Beaucoup datent d’il y a quelques décennies, de grands noms de l’histoire ont vécu dans ces maisons précieusement conservées et protégées. J’ai envie de connaître leurs histoires. La Chine a aussi une longue histoire qui a bercé la splendide civilisation chinoise, mais aujourd’hui, même à la capitale Pékin, il nous reste plus grande chose. On a l’habitude de voir des chantiers de construction, de démolition, de reconstruction… On dirait un cycle infini, qui ne nous laisse plus rien pour nous rappeler notre culture et notre histoire… (silence)

OWNI. Vos attentes pour le futur ?

W.YC. Le pouvoir s’adapte, face à la nouvelle situation, il modère son pouvoir excessif, il rend la liberté au peuple. Ce dernier, lui, apprend à maîtriser les outils des nouveaux médias, à faire entendre sa voix, à faire connaître sa force et à s’exprimer plus efficacement son besoin.

Suivez Irene Hu sur Twitter @hu_ehan

Illustrations : dessin et photo de Wen Yunchao ; The revolution will be Twittered CC Flickr LeBlogEveryMac

]]>
http://owni.fr/2010/12/23/liberte-dexpression-en-chine-twitter-fait-la-revolution/feed/ 9
Andrew Keen: la visibilité dans les médias sociaux est un piège http://owni.fr/2010/11/29/andrew-keen-la-visibilite-dans-les-medias-sociaux-est-un-piege/ http://owni.fr/2010/11/29/andrew-keen-la-visibilite-dans-les-medias-sociaux-est-un-piege/#comments Mon, 29 Nov 2010 14:43:39 +0000 Vincent Truffy http://owni.fr/?p=37454

On ne rencontre pas tous les jours l’Antéchrist, fût-il modestement celui de la Silicon Valley. Aussi éprouve-t-on quelque déception à ne pas sentir l’haleine soufrée du startupeur défroqué lorsqu’on écoute Andrew Keen développer posément les arguments de son prochain livre, Digital Vertigo, dans l’appartement-témoin high-tech du siège de Microsoft France.

Mon premier livre était une grenade dégoupillée, prévient-il. J’ai essayé de m’aliéner autant de personnes que possible. Dans ce nouveau livre, j’ai essayé d’être plus nuancé. Mais je reste un polémiste.

Le premier livre en question, c’était Le Culte de l’amateur, subtilement sous-titré «comment Internet tue notre culture».

Il y accusait le Web participatif d’ensevelir la vérité sous des tombereaux de médiocrité et d’insignifiance et de menacer l’économie culturelle en postulant la gratuité universelle des contenus. Y dénonçait l’illusion du paradoxe (apocryphe) de Huxley (biologiste surnommé «le bouledogue de Darwin» et grand-père de l’écrivain) selon lequel un nombre infini de singes qui taperaient assez longtemps sur le clavier d’une machine à écrire finirait statistiquement par écrire l’œuvre complète de Shakespeare ou au moins une bonne émission de télévision. Voyait dans la population internaute un ramassis d’«adolescents hypersexués, voleurs d’identités, joueurs compulsifs et accros de tout acabit». Et assimilait le «grand mouvement utopiste» du Web 2.0 à la «société communiste» dans le magazine néocons The Weekly Standard, où l’on devine que ce n’est pas un compliment.

Défendre le secret, l’oubli et l’intimité”

Avec Digital Vertigo: Anxiety, Loneliness and Inequality in the Social Media Age (anxiété, solitude et inégalité au temps des médias sociaux), Keen creuse sa plaie en s’intéressant à Facebook, à Twitter, bien sûr, mais aussi de l’ensemble du Web qui, d’une façon ou d’une autre est devenu «social»: la recherche d’informations, la consommation (Groupon) et même, avec Facebook Messages, celui du courrier que vous devez lire.

On connait la blague d’Al Gore qui aurait inventé Internet. Mais dans un sens, Foucault et Baudrillard ont inventé la culture Internet avant qu’Internet n’existe avec la démocratisation de la culture.

De fait, dans Surveiller et punir, Michel Foucault reprend le modèle du panoptique de Bentham pour conclure «la pleine lumière et le regard d’un surveillant captent mieux que l’ombre, qui finalement protégeait. La visibilité est un piège.» «Visibility is a trap», répète à l’envi Andrew Keen. C’est encore plus vrai à l’ère du narcissime facilité par les outils sociaux, explique-t-il: «l’orthodoxie du Web parle d’ouverture, de transparence. Je veux défendre le secret, l’oubli et l’intimité.»

Rien de plus antisocial, à l’entendre, que le Web social: «On utilise les médias sociaux en poursuivant des objectifs totalement individualistes», dit-il, en reprenant une phrase du fondateur du «Facebook professionnel» LinkedIn, «votre avenir est déterminé par votre réseau»: on serait passé de la production industrielle à la production personnelle, stade ultime du darwinisme capitaliste dans lequel chacun doit vendre sa «marque» pour survivre.

De nouveaux patrons

Et comme dans Le Capital, il y aurait une accumulation primitive de la notoriété, quelques noms concentrant des millions de «followers» qui quémandent leur part de lumière.

Et les personnes qui s’enrichissent forment une nouvelle élite de l’économie de la connaissance, ceux qui créent les services qui permettent cette expression personnelle.

Dès lors, les nouveaux “patrons” sont «ceux qui contrôlent les moyens d’expression et non plus les moyens de production.»


Le problème, selon Keen, est qu’aux yeux de beaucoup (par exemple Clay Shirky), les médias sociaux sont devenu la solution à tous les problèmes:

Je suis plutôt de gauche politiquement mais je n’arrive pas à croire que les réseaux sociaux puissent lutter contre la pauvreté. Les réseaux sociaux n’apportent aucune solution aux problèmes fondamentaux, de la même façon que l’autopartage ne résoud pas les problèmes de pollution. Les seuls emplois qu’aient créé les médias sociaux sont des boulots de spécialiste des médias sociaux et de consultants.

Crédits photos cc FlickR : sean|mundy, ae-j, Stéfan.

Article initialement publié sur le Bac à sable.


]]>
http://owni.fr/2010/11/29/andrew-keen-la-visibilite-dans-les-medias-sociaux-est-un-piege/feed/ 1
StateLogs: Wikileaks begins to reveal 250,000 diplomatic files http://owni.fr/2010/11/27/wikileaks-statelogs-diplomatic-assange-application-insurance/ http://owni.fr/2010/11/27/wikileaks-statelogs-diplomatic-assange-application-insurance/#comments Sat, 27 Nov 2010 15:35:01 +0000 Nicolas Kayser-Bril http://owni.fr/?p=37139 When we published the Iraqi Warlogs, Wikileaks contacted us directly and we worked with them on the browsing interface that helped users analyze the 400,000 Sigacts from the US Army. This time, as Wikileaks might be on the verge of releasing new information on a scale larger than before, we decided not to be bound by a Non-disclosure Agreement, as last time, and to keep our hands untied. Together with Le Soir in Brussels and Slate.fr in Paris, we will provide the tools and context to explore the logs.

OWNI decided to name this project #StateLogs.

Below is our narration of the events as they unfold, augmented by the work of OWNI’s developers and partners.

We recommend to navigate through the full-screen version of our app

Retrouvez ici notre live-blogging en français.

All times given are CET (Paris), or GMT+1

We are now closing our live-blogging. You will find the most important elements on OWNIlive in the coming days (tagged “Wikileaks“).

Now, here are the points we will work on:

  • Optimize and upgrade the application (géolocalization, timeline, implementation of the new cables)
  • Analyze the documents already available and study the consequences of this leak
  • Think of an adequate tool to study the forthcoming dumps

[3:00 p.m.] 100% of the documents released are available on the StateLogs app

At this time, 244 diplomatic telegrams were made public, either directly or by WikiLeaks media partners. All of these memos are now searchable and classifiable on statelogs.owni.fr

This represents 0.1% of the over 251,000 documents announced. All of them will be uploaded over the hours (and weeks!) on the application developed in partnership with Slate.fr and Lesoir.be. Our journalists, theirs, and all journalists wishing to work on these documents but also all citizens who wish to explore these rich documents can now do so.

Here’s the tag cloud generated by Opencalais with all the “leaks” of the diplomatic Cablegate.

[11:30 a.m.] Chavez calls for the resignation of Hillary Clinton

For the Venezuelan head of state, the United States has been “unmasked” and by the disclosure of diplomatic documents, and they must accept the consequences. Praising the “courage” of Wikileaks, Hugo Chavez called U.S. Secretary of State to “resign”, “the least she can do”, he said in a speech.

[12:00 p.m.] WikiLeaks’ next target? Banks

Andy Greenberg, a journalist for Forbes, publishes an exclusive interview of Julian Assange conducted on November 11 in London. We learn that half of the documents currently in possession of Wikileaks involve the private sector. It might contain exchanges between leaders of major U.S. banks. They “give an idea of how banks behave at the highest hierarchical level”, and could lead to reforms, according to WikiLeaks’ leader.

In this interview where the questions are often longer than the answers, Assange says his organization has a mass of documents too large to be transmitted in one dump. The choice was made to publish primarily the documents which “had the biggest impact,” which explains in part the focus on the U.S. Army. However, documents concerning the private sector “could bring down a bank or two …” and their publication is scheduled for early next year.

Besides, WikiLeaks appears to be in possession of documents about BP (but Assange says he wants to check their interest) and Russia (for which Assange evokes the pressures of the FSB, formerly KGB).

[7:30 p.m.] Hillary Clinton: “it is not a healthy debate”

In the first public statement since the release, Secretary of State states Hillary Clinton said the U.S “deeply regrets” the leak of diplomatic memos set up by Wikileaks, which is “not only an attack against the U.S., but the international community”, she added.

Hillary Clinton also affirmed Wikileaks has not harmed “partnerships and relathionships” established with other countries, which apparently say to  the U.S: “don’t worry, you don’t know what we tell about you.”

[3:45 p.m.] Did The Guardian give cables to The New York Times ?

In a note to readers, The New York Times explains why it has chosen to publish the diplomatic memos updated by Wikileaks. More surprising, the newspaper highlights the fact that the documents were provided “by a source who insisted on anonymity.”

Still according to journalism.co.uk, the U.S newspaper would not have obtained the cables directly from Wikileaks. The Guardian journalist David Leigh told Yahoo News blog the Cutline his newspaper had supplied a copy of the memos to the NYT. Journalism.co.uk implies the critical treatment The Times sometimes gave to Wikileaks could be behind this blackout.

[3:30 p.m.] 7.500 memos on media relations?

According to Journalism.co.uk, more than 7.500 Statelogs tagged “OPRC” or “PR and Correspondance” could concern media relations. A large part of them would come from the U.S embassy in Turkey. Only two of this class have been published so far: “one is a round-up of Turkish media reaction and the other a summary of media reaction to news issues in China, the US and Iran”, says the website.

[2:30 p.m.]“Will Neslie Nielsen stop WikiLeaks?”

On Telex, one of the French newspaper Le Monde’s blogs, a cartoonist named tOad pays tribute to the late Leslie Nielsen, star of the Naked Gun movies.

[1:40 p.m.] 3 years to release everything?

WikiLeaks affirms all memos will be published during the next months on its Cablegate website:

The embassy cables will be released in stages over the next few months. The subject matter of these cables is of such importance, and the geographical spread so broad, that to do otherwise would not do this material justice.

The Belgian newspaper Le Soir gives its estimation:

Considering the volume of documents announced, with the publication of 230 memos per day, it would take 1092 days, as to say 3 whole years to publish the whole logs…

[12.20 pm.] A second WikiLeaks? Daniel Domscheit-Berg is lauching his own whistleblower tool reveals Guillaume Grallet, tech journalist at Le Point. This new website, very much alike Wikileaks, is due mid-december says Grallet. Domscheit-Berg used to be Wikileaks spokesperson before Assange fired him at the beginning of october.

[11.45 am.] Daniel Ellsberg on the notion of secrecy

Daniel Ellsberg, the man behind the Pentagon papers, gave a long interview to the web-radio Antiwar.com about the question of ethics in matters of secrecy. He points out that the laws do not condemn the leak of classified information  and that a strong sense of morality is essential.

[11.10 am.]a review of the Statelogs available

As of now, here is a list of the memos available on Wikileaks website and the five other newsrooms :

  • 220 memos on WikiLeaks dedicated website
  • 27 documents on the Guardian
  • 18 Statelogs on the New York Times
  • 17 cables on El Pais
  • Not a single document was published on Le Monde
  • We are in the process of putting the 200 Wikileaks documents into the Statelogs application. We downloaded from a torrent all the files in a .txt format with all the data (memos, dates, country of origin and classification)

In the meantime our colleagues at Le Soir.be have scheduled a chat at 11am with their senior journalist Alain Lallemand : “Wikileaks, a damp squib?”

Check out the video as soon as it is online

[9:00 a.m.] Chinese propaganda strikes back. According to Thenextweb.com, which quotes the Al-Jazeera correspondant in China, the propaganda department has passed a simple recommendation to media outlets: don’t report about WikiLeaks.

[8.30 a.m.] Australia wants to sue Julian Assange

Julian Assange’s country is determined to sue the founder of Wikileaks in court if the evidence is sufficient or if it appears that he violated the law. In a press conference, Attorney General Robert McClelland offers a helping hand to Washington:

The United States will be the lead government in that respect, but certainly Australian agencies will assist and we will look at – of course, I’d ask the Australian Federal Police to look at the issue as to whether any Australian laws have been breached as a specific issue as well.

So, these are serious matters; and we have formed a whole-of-government taskforce to look at the issues.

Asked by journalists on the topic, McClelland refused to mention if Assange’s passport will be withdrawn, stating he was waiting for “instructions from the agencies”.

[23:59 pm] Our app is being filled

Our developpers keep inserting the first StateLogs in our application, and the process is meant to continue in the coming week. For now, 27 cables are available, waiting to be qualified and annotated.

[23:57 pm] What about open-data?

In a cryptic tweet, WikiLeaks announces further info regarding a new embargo for Monday :

Tomorrow we will provide information on how other media groups can apply to for embargo access to #cablegate info.

Shall we expect WikiLeaks monetizing each cable with interested media outlets?

[23:55 pm] Wikileaks has started publishing the cables

On cablegate.wikileaks.org, the organization has started the publication process of the Statelogs and announces that they will be made available in the forthcoming week.

  • 15 365 cables are about Iraq
  • Turkey is the first country-emitter with 7,918 cables
  • US State Department emitted 8,017 cables
  • 145,451 statelogs are about foreign policy

Iranian octopus. A large number of unveiled cables underline the mistrust of Arab leaders regarding Iranian power. The 5 newspapers contacted by WikiLeaks expose fear of mollahs’ regime, compared by Jordan diplomats with a “octopus stretching its tentacles” that have to be “cut”, a cable from april 2009 reports. The country’s nuclear desire worries Gulf region, which doubts of the US ability to find a common ground with Iranian authorities.

North Korea questioned. Published cables unveil a discussion between South Korean and American authorities regarding a possible collapse of the North Korean regime and a subsequent reunification of Korea. The discussion between diplomats brings up possible business arrangements with China in order to “salve” worries caused by this reunification.

[11:35 pm] Governments have to keep secrets, not journalists

In an op-ed for the Guardian, British columnist Simon Jenkins defends the approach taken by medias, explaining “governments have keep secrets, journalists have not”. In the same way, he refutes the idea that publishing the statelogs is dangerous, supporting that “Sarkozy’s vulgarity will not hurt us”.

[11:25 pm] Blackmail diplomacy

According to The New York Times, some cables reveal that American authorities wisely used their assets in order to empty Guantanamo jails. They offered the Slovenian authorities talks with president Obama for them taking one of the prisoners. They offered the same things to Kiribati representatives for “millions” dollars.

[9:42 p.m.] Did the US distribute ‘choice of words’ to foreign officials?

Charles Rivkin, US ambassador in France, explained his role of diplomat in an opinion piece in Le Monde newspaper, “Diplomacy and confidentiality” (in French) and worries about the leaks. His words are strangely similar to those of the US ambassador in Haiti. They both declared, in what looks a lot like copy/paste, that “of course, even strong alliances have their ups and down” and that “even solid relationships have their ups and down”.

[8:39 p.m.] US officials ordered to spy at UN headquarters
In July, 2009, Secretary of State Hillary Clinton ordered US diplomats to spy at the UN, writes Der Spiegel.

The information to be collected included personal credit card information, frequent flyer customer numbers, as well as e-mail and telephone accounts. In many cases the State Department also required “biometric information,” “passwords” and “personal encryption keys.”

[8:15 p.m.] Chinese government masterminded operation Aurora
The cyberattack directed against Google and others in China in January, 2010, codenamed operation Aurora, was ordered by the Chinese politburo, says one leak.

[8:07 p.m.] The White House condemns the leak
Reuters reports that the White House condemned the leaks as a “reckless and dangerous action”, as was expected.

[7:28 p.m.] The posting of leaks is engaged

The New York Times, The Guardian, El Pais, Der Spiegel and Le Monde have all posted their coverage of the memos.

Le Monde also confirms it’s working on memos concerning France.

We are currently working on making our application operational and implementing the data.

[7:06 p.m.] Iran and Turkish banks caught in the storm

According to senior British officials quoted by the Telegraph, the information disclosed by Wikileaks could endanger efforts to halt Iran’s nuclear program. UK services could have infiltrated a hub in Qatar that would provide the equipment Tehran’s nuclear program. The publication of this information could seriously undermine the effort, according to the Telegraph.

Other information in the memos reveal the role of Turkish banks in financing Iranian terrorism and the compensation of North Korean experts responsible for the construction of nuclear facilities in Iran. Finally, according to the Telegraph, the information contained in the memos would highlight the role played by the services of the British embassy in Tehran in the events after the election, including efforts to “oust” Ahmadinejad.

[5:59 p.m.] Berlusconi and Putin have ’special relationship’

The Telegraph writes that the StateLogs will show that Russian president Putin and Italy’s Premier Berlusconi enjoyed a ’special relationship’. They have been friends for the past 5 years and spent numerous holidays together, says the Telegraph, in a way that worried the US.

[5:55 p.m.] Wikileaks confirms what OWNI revealed yesterday.

Wikileaks twitted that the documents were to be released tonight with Le Monde, El Pais, the New York Times, the Guardian and Der Spiegel, thereby confirming what OWNI had revealed in this live-blogging.

[5:30 p.m.] Wikileaks.org under DDoS

Wikileaks’ servers, which have been on-and-off for the past days, are under a distributed denial of service attack, according to Wikileaks’ twitter account.

Guardian investigative editor David Leigh says on his Twitter account that the Guardian will publish the documents tonight “even if Wikileaks goes down”.

[4:53 p.m.] Poland is prepared. France? Not sure

The Polish administration said in a press release that they were prepared for the upcoming StateLogs release. Contacted by OWNI, the French Foreign Ministry remained vague, hinting at the fact that their state of readiness might not be as high as Poland’s.

[4:27 p.m.] Netanyahu first head of State to speak out

According to Israeli newspaper of record Ha’aretz, Prime Minister Netanyahu played down the risks for Israel, saying that his country “will not be at the center of international attention”. He added that he received no further briefing from the US besides the one received last week.

[4:05 p.m.] “Every issue covered” by StateLogs

In a press conference this afternoon, Julian Assange said that the upcoming StateLogs cover “everything, from assassinations in East Timor to the behaviour of some of the biggest United States private banks.” [UPDATE 6pm] Assange actually meant that Wikileaks had covered all these topics, not that they would be covered in the StateLogs.

[3:17 p.m.] Leaks revealed in Basel

Copies of tomorrow’s Der Spiegel have been sold in Basel, Switzerland. Contents are being exposed on Twitter by Symor Jenkins. Among what can be read in Der Spiegel:

  • “Obama prefers to look East than West.”
  • “Obama has no emotion towards Europe.”
  • “The US sees the world as a confrontation between 2 superpowers. The EU plays a secondary role.”
  • “Europe is not so important for the US.”
  • From the cover, we read that Ahmadinejad “is Hitler”, Sarkozy is “an emperor without clothes”, Karzai is “driven by paranoia”.

Spiegel's cover

  • From the inside articles, scanned by Symor Jenkins (page 1, page 2), we learn that the US have a snitch inside the German government, a member of the liberal FDP party. German chancellor Angela Merkel is described as “rarely creative and risk-averse”. Revelations about the German government go into so much details that Spiegel writes that

“The US is better informed about the secrets of German politics than German politicians themselves.”

[2:27 p.m.] Italy wants to open an investigation on WikiLeaks

According to Spanish daily ABC, which quotes the Corriere della Sera, the Minister of foreign affairs Franco Frattini wants the Italian court to open an investigation on WikiLeaks. Frattini believes the Statelogs are a crime that could seriously damage the international image of Italy. The documents could show damaging information on relations between Italy and Libya, the United States and Russia. Silvio Berlusconi and Vladimir Putin would be particularly targeted.

[1:24 p.m.] Post-2004 period

Several sources (including the Spiegel article posted yesterday and then withdrawn) tend to indicate that the vast majority of the documents concern a period beginning in 2004. The number of dispatches is increasing steadily over the years: 9005 mails are dated and the first two months of 2010. You can read the article in the German newspaper here.

[1:02 p.m.] The New York Times had briefed the White House. In an article entitled “WikiLeaks undresses U.S. diplomacy”, Alain Lallemand, our colleague from Lesoir.be with whom we collaborate on this issue, analyzes the implications of this new dump. He also analyzes the reasons why “The New York Times, partner of Wikileaks, has been briefed last Monday by the White House about the nature of documents that will flee.”

[12:06] StateLogs to expose corruption in Central Asia, Russia (Reuters)

News agency Reuters reveals that the upcoming StateLogs might contain sensitive information about corruption dealings in Russia, Afghanistan and Central Asian Republics. US officials reportedly said that the revelations are “major enough to cause serious embarrassment for foreign governments.”

[11:51] Wikileaks submissions dead? Alternatives exist

Wikileaks’ submission service has been down for several weeks, prompting other solutions to be created for would-be whistleblowers. One of these is German privacy service Privacy Box, which allows for messages to be delivered anonymously. To send us a message securely, use this URL:

[11:42] Official release date might be 22:30 CET

As OWNI informally told AFP yesterday evening, the official launch time might well be 22:30 CET (4:30pm EST), as hinted by the fact that Der Spiegel announces on its home page that the e-edition of the magazine will exceptionally be made available tonight.

[10:39] StateLogs to be “drip fed” over the week

The Telegraph states that the StateLogs will not be published in bulk tonight but will be “drip fed” over the course of the coming week, quoting sources from inside the British government.

[10:30] US refuses talks with Assange

AFP reports that Wikileaks founder Julian Assange wrote to the Department of State on Friday to know who were the persons at risks in the 250,000 documents that might be published today.

US officials answered sternly that:

[They] will not engage in a negotiation regarding the further release or dissemination of illegally obtained US government classified materials

[10:16] Mandela, Gaddafi, Mugabe in the leaks (Daily Mail)

According to the Daily Mail, the StateLogs mention former and current leaders of South Africa, Libya and Zimbabwe. The British newspaper hints at the fact that they are vividly criticized by the American Department of State.

[Sunday 10:09] Der Spiegel’s article has been found

German weekly and Wikileaks partner Der Spiegel published the details of the operation in an article yesterday, before taking it offline. The contents of the article have been found and can be read here (German). See here for an automatically translated version.

[21:30] Larry Sanfer shouts at WikiLeaks. Larry Sanfer, who was once a member of the core Wikipedia team, takes it out on Wikileaks (more in a second tweet)

Speaking as Wikipedia’s co-founder, I consider you enemies of the U.S.–not just the government, but the people. What you’ve been doing to us is breathtakingly irresponsible & can’t be excused with pieties of free speech and openness.

[21:15] Is Obama threatened?

Toby Harnden, The Telegraph correspondent in Washington, wonders if StateLogs will “blow Obama’s nice guy image”. The journalist thinks the release could “seriously damage his foreign policy”, fearing “brutal assessments of Gordon Brown’s personality and cold-eyed judgements of David Cameron’s capabilities.”

[20:45] France criticized

According to The Daily Mail, France might be upset about the release. The tabloid reports a comment of a British official fearing “that mutual American and British contempt for the French would emerge”, tell the Daily Mail.

Moaning about the French was practically a sport

[20:40] Poland warned. According to Polska Agencja Prasowa, the Polish press agency, Poland would have been contacted by the Secretary of State.

[20:30] 85% approve the release. After asking its readers if Wikileaks “should publish sensitive U.S. diplomatic files”, Canadian TV website CBC gives the first results: 84,62% of votants (almots 50 000 votes) approve the release, against 11,54% of negative opinions (6 705 votes).

[20:15] Jeff Jarvis comment. The US journalist wonders “what if diplomacy had to happen in public?“, before he adds “we’ll soon find out.”

[20:00] A Guardian journalist talks. On Twitter, David Leigh, a Guardian journalist, states the imminence of the Statelogs publication:

The truth about the #wikileaks cables is going to come out in the #guardian soon.

[19:30] What is SIPRNET?

Mentioned in Der Spiegel, SIPRNET (Secret Internet Protocol Router Network) allows the employees of US Department of State and Department of Defense to communicate potentially sensitive informations whith each other. This interconnected network protects the confidentiality of this communications until the “secret” level of classification. Global Security also tells that this network is used to convey “SECRET NOFORN” (Secret – Not Releasable to Foreign Nationals) documents.

Since its general implementation in the middle of the 90’s, SIPRNET has become the standard channel to share data.

[18:28] Former ambassadors warn of serious damages

Over at the BBC, John Bolton, the former US Ambassador to the UN, warns of serious consequences of such leaks. In the past, revelation of confidential diplomatic material caused huge problems that took decades to calm down. For him, diplomacy is about handling murky business and no alternative exist.

I’m afraid this is only about discrediting the US. And I’m afraid it’ll succeed.

[17:34] Less than 600 documents concern France

According to sources close to the project OWNI contacted, less than 600 documents are about France, or .2% of the total dump. Considering Der Spiegel’s map (below), this means that no European country accounts for more than .5% of the total and that the EU as a whole represents less than 5% of all documents. In other words, expect lots of revelations in the Mid-East and Asia.

[17:31] Clinton personally called China

According to reports by Hong-Kong-based television RTHK, Secretary of State Hillary Clinton personally called her Chinese counterpart. This is significant, since none of the other communications that have been reported involved the highest diplomatic figure in America. It might point at severe revelations about US-China relationships.

[16:52] Spiegel gives out the details

German weekly Der Spiegel, a previous Wikileaks partner, announces on its website the details of the upcoming leak (UPDATE 17:50 page is now down).

  • 251,287 diplomatic cables will be released.
  • 8,000 directives from the State department.
  • Wikileaks partners are The New York Time, the Guardian, Le Monde, El Pais and Spiegel.
  • 15,652 documents are classified ’secret’

Below is a snippet of the geographic distribution of the logs as seen on spiegel.de at 17:00

[16:25] No ‘top secret’ documents

Politico White House correspondent Mike Allen states on Twitter that:

There’s not a single TOP SECRET document in the wikileaks dump. All are classified at the SECRET level

Secret is the 4th higher gradation on the 5-point secrecy scale. It is defined as material that could “cause “grave damage” to national security if it were publicly available”.

[Saturday 08:25] UK government tries to intimidate newsrooms

Based on an antique piece of legistlation, the British government has sent several DA-Notices (short for Defence Advisory Notice) to newsrooms throughout the country. This is a non-binding procedure that advises editors to consult with the Ministry of Defence before publishing any information. On his blog, Guido Fawkes published the email sent to all media institutions:

May I ask you to seek my advice before publishing or broadcasting any information drawn from these latest Wikileaks’ disclosures which might be covered by the five standing DA Notices. In particular, would you carefully consider information that might be judged to fall within the terms of DA Notice 1 (UK Military Operations, Plans and Capabilities) and DA Notice 5 (UK Intelligence Services and Special Forces).

On his blog, Sky News editor Simon Bucks explains that DA-Notices have almost always been followed, at least by ways of compromise, where journalists make sure to obfuscate some elements.

[22:35] Documents might reveal murky US implications in Turkey

Even before the leaks are published, some media expose the content of some of them. London-based, Arabic-speaking daily al-Hayat talked of several documents involving Turkey. Quoted by the Jerusalem Post, the newspaper states that the Turkish government is unable to control its border with Iraq, letting arms trafficking develop. It also explains the role that Washington plays in the guerrilla led by terrorist group PKK, to which the US have been providing weapons since 1984.

To the East, documents might reveal how Washington sees Moscow officials, giving names. According to South-African website IOL, quoting the Russian daily Kommersant, some documents could show a state of affairs in terms much less diplomatic than usually heard. Discussions between US diplomats and Russian businesspeople could be among the documents.

[21:40] Department of State gets ready

The US Department of Sate has been calling out all governments so that they can get ready for “a worst-case scenario”, said P.J. Crowley, a spokesperson for Hillary Clinton. Several embassies already contacted the governments of the following countries:

- United Kingdom
- Australia
- Canada
- Denmark
- Norway
- Israel
- Russia
- Turkey
- Saudi Arabia
- UAE
- Finland
- Afghanistan

- And France

A spokesperson at the US embassy in Paris explained that the French government too has been contacted but refused to give out details:

The US embassy maintains daily contacts with the Elysee Palace, the Prime Minister and the Foreign Ministry. Many things have been said but I cannot disclose the content of these conversations, for now.

[Friday 21:07] Wikileaks’ website remains unstable

We revealed the information on Nov. 23rd, the organization’s website is unstable and remains so. Our Warlogs application was subject to the same hiccups, so that the host of both platforms, Bahnhof.se, might be to blame. In case of more problems, you can always check out the mirror site.

“Imminent leak”

On November 24, Wired’s Threat Level blog (famous for its uneasy relationship with Julian Assange) and Bloomberg cautiously announced an “imminent release of diplomatic memos”, based on an email sent by Elizabeth Levy, in charge of legislative affairs with the Department of State. She also quotes the New York Times, the Guardian and Der Spiegel as partners.

This new batch should be about the diplomatic cables analyst Bradley Manning might have forwarded to the WikiLeaks team, at the same time as the Collateral Murder video, in which an Apache helicopter opens fire on civilians in Iraq.

A known model

In January, WikiLeaks had already published a single memo concerning the rescue of the Icelandic banks. This lets us imagine the documents’ format:

Click here for a bigger version

Browse the Iraqi warlogs with our interface

Previous articles about Wikileaks

WikiLeaks expanded collaboration with media to ‘maximise exposure’ for Iraq War Logs sources

Hi, here’s Julian Assange

Iraq Warlogs: Interface the leaks

__

Crédits photo: CC WikiLeaks

]]>
http://owni.fr/2010/11/27/wikileaks-statelogs-diplomatic-assange-application-insurance/feed/ 0
Comment travailler dans les médias chinois sans renier ses valeurs? http://owni.fr/2010/10/07/comment-travailler-dans-les-medias-chinois-sans-renier-ses-valeurs/ http://owni.fr/2010/10/07/comment-travailler-dans-les-medias-chinois-sans-renier-ses-valeurs/#comments Thu, 07 Oct 2010 14:15:10 +0000 Andy Yee Trad. Fabienne Der Hagopian http://owni.fr/?p=30648 Dans le monde conservateur des médias chinois, Zhang Ping (nom de plume Chang Ping) est de la race rare des libéraux. Garder une voix indépendante au cœur des média chinois lourdement censurés est un dilemme de fond et, comme le montre l’expérience de Chang Ping, demande souvent un certain sens du martyr.

Chang Ping a été rédacteur en chef au Southern Weekend et rédacteur en chef adjoint au Southern Metropolitan Weekly. Les deux journaux font partie du groupe Southern Media Group, dans lequel l’état est actionnaire, il appartient à une famille basée à Guangzhou, est connu pour ses prises de position agressives sur les sujets politiques sensibles et réputé l’un des bastions libéraux de la Chine pour les médias écrits.

En 2007, Chang Ping était nommé [en chinois ] l’un des chroniqueurs chinois les plus influents par le Southern Weekend.  En 2008, suite à la résurgence des manifestations anti-chinoises au Tibet, il a écrit plusieurs éditoriaux sur le Tibet, dont un papier controversé “Comment connaître la vérité sur Lhassa ?” , dans lequel il demandait au gouvernement d’accorder plus de liberté aux médias pour couvrir le Tibet.  Il a été licencié de son poste au Southern Metropolitan Weekly.

Selon le Projet sur les médias chinois, en août cet été, les autorités ont empêché Chang Ping d’écrire pour le Southern Weekend et le Southern Metropolitan Daily. Le dessinateur Kuang Biao décrit les mésaventures de Chang Ping dans une caricature montrant le journaliste étranglé de façon menaçante :

Quand j’ai appris la nouvelle il y a quelques jours,  j’étais en colère et  j’ai fait ce dessin !  J’ai dit que je voulais utiliser la caricature pour terminer ma carrière en témoignant sur ce que je vois dans notre société, parce que je suis un humoriste qui vit avec son temps.  Cette personne est réelle.  Et ses problèmes sont réels…  Il s’appelle Chang Ping.

Dans un entretien récent avec le journal taïwanais Wang Bao, Chang Ping s’interrogeait sur le conflit inné entre ses convictions libérales et le fait de travailler un secteur contrôlé par l’état.

Tentations dans les média chinois

De par leur pouvoir d’influence, les média sont souvent la cible de cooptation par le gouvernement chinois.  Chang Ping raconte ses réponses aux tentations du gouvernement :

Le secteur professionnel des médias en Chine n’est pas à plaindre. Il a beaucoup de pouvoir, surtout quand il est prêt à collaborer avec le gouvernement. Les dirigeants utilisent des tentations variées, comme des projets ou des bénéfices financiers discrets, à charge de revanche. Il y a quelques jours, un officiel du département de la propagande m’a invité à écrire un article pour eux, ce que j’ai refusé de faire.  En fait j’aurai pu discuter avec eux de quel ton donner à l’article pour que la propagande ne soit pas trop évidente et donner aux lecteurs la fausse impression que je voulais vraiment écrire cet article.  Il n’y a pas beaucoup de gens qui rejettent ces offres d’emblée comme moi.

Parce que les médias chinois ont beaucoup de pouvoir, les tentations de se laisser corrompre sont nombreuses. Il y a plusieurs forces qui s’opposent en ce moment. Le gouvernement veut offrir des avantages aux médias.  En même temps, de nombreux professionnels des médias, dont certains du Southern Media Group, se rebellent, juste pour pour pouvoir être cooptés. Ils seraient ravis d’être invités à diner par des officiels. Je fais très attention à la cooptation. Le refus des médias chinois n’est pas toujours noir et blanc et il est facile pour les médias de devenir un groupe d’intérêt.  Plutôt que de considérer les médias comme des pionniers, qui créent un espace de libre discussion, il serait plus important d’admettre leur tendance à se laisser corrompre.

Le conflit entre être un écrivain et être un officiel

La Chine est un pays où les systèmes administratifs sont très importants. Tout poste d’administrateur professionnel correspond à un rang officiel. Un rédacteur en chef dans un journal est donc l’équivalent d’un officiel et Chang Ping s’interroge sur le conflit entre ses écrits et le fait d’être un “officiel” :

Écrire et être un officiel est contradictoire.  Le secret du succès pour un officiel est de ne rien dire. C’est la différence avec une société démocratique, où s’exprimer est la norme. Quand un officiel chinois rejoint les rangs des hauts dirigeants, les médias disent souvent qu’il est très “secret”.  Il serait difficile d’imaginer qu’Obama soit une personne très secrète et  devienne soudain président des États-Unis sans que l’on sache rien sur lui.  En Chine, les officiels parlent peu, et cette caractéristique affecte toutes les professions.

Beaucoup de gens écrivent d’excellents papiers et c’est malheureux qu’ils arrêtent d’écrire.  A cause de la forte tendance à la bureaucratie, beaucoup de Chinois choisissent de devenir des officiels. Avec la plupart des ressources dévolues au système bureaucratique, les officiels profitent de nombreux avantages sans beaucoup de contrôle.

Ayant moi-même l’expérience des hauts et des bas, je connais ces contradictions. Selon l’expression consacrée, je n’ai pas “correctement contrôlé ma bouche”. J’ai besoin d’exprimer ce que je pense, et j’ai les moyens pour le faire. Je crois que ce qui manque dans les médias, ce ne sont pas des administrateurs mais des gens qui “font vraiment quelque chose”. Je suis prêt à y contribuer. J’ai choisi d’être éditeur parce que je voudrais améliorer la liberté de parole en Chine.

Tester les limites

Enfin, Chang Ping explique ses convictions et ses principes sur ce que  ce c’est d’être un journaliste dans un système autoritaire :

Je ne veux pas que mes articles soient complètement interdits en Chine.  Cela n’a pas vraiment de sens de n’écrire que pour les Américains.  Je voudrais que plus de Chinois puissent lire mes articles.  D’un autre côté, je ne peux pas me servir de cette excuse pour abandonner mes principes. Mais comme beaucoup de mes collègues au Southern Media Group, je ne me considère pas comme une force d’opposition au gouvernement, mais plutôt comme testant nos limites. Un système autoritaire n’est pas comme une société de droit, et les limites ne sont pas toujours claires. Il faut comprendre comment le pouvoir pense.

Quel espace avons-nous ? Personne ne sait, personne ne sait si on n’essaye pas.  Ce que j’essaye de faire, c’est d’élargir cet espace et ces limites. Mais c’est difficile.  Beaucoup de gens pensent que je m’attaque à un mur de pierre avec un œuf, et que je me surestime.

Mais je suis simplement mon caractère et mes convictions.  La censure des médias est parfois sévère et parfois plus laxiste. Quand elle est sévère, je ne peux même pas tenir ma position, et quand elle est laxiste, peut-être peut on aller plus loin.  Quoi qu’il en soit, je ne peux dire que ce que je peux dire.

Crédits photos cc FlickR quinn.anya, jiruan, SubZeroConsciousness.

Article initialement publié sur Global Voices.

]]>
http://owni.fr/2010/10/07/comment-travailler-dans-les-medias-chinois-sans-renier-ses-valeurs/feed/ 1